Ce constat d’ignorance signe l’échec tragique des autorités helvétiques. Elles semblent s’être désintéressées de l’affaire après avoir publié, en l’an 2000, un rapport qui admettait leur impuissance à trouver la vérité.

Dans ce dossier – le pire attentat islamiste à avoir jamais frappé ses citoyens –, la Suisse s’est heurtée à plusieurs impasses. D’abord, l’instruction bâclée de la justice égyptienne, mise en évidence par une enquête de la RTS qui sera diffusée ce dimanche.

Erreur impardonnable

Après avoir abattu sur place les six terroristes de Louxor, les autorités du Caire ont vite et mal refermé le dossier, sans informer les Suisses des résultats de l’enquête et des suites qu’elles entendaient y donner.

Ensuite, on comprenait mal à l’époque la dynamique du mouvement djihadiste global. La marque Al-Qaida n’était connue que de quelques initiés. Le terrorisme islamiste semblait le fait d’une myriade de groupes agissant dans la confusion. Le caractère prioritaire et mondial de la menace n’était pas reconnu. Surtout en Suisse, où la police fédérale (chargée de l’enquête sur Louxor) et les services de renseignement (seuls à même de rattacher cet acte au djihadisme mondial) se livraient une stérile guéguerre.

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Mais il reste une erreur impardonnable. Dans son rapport de 2000, la police fédérale notait que, selon elle, le groupe de tueurs «exécutait des ordres» et avait bénéficié de soutiens logistiques. Avec comme commanditaire désigné par l’Egypte un certain Mustafa Hamza. Impossible alors d’en savoir plus, puisque l’islamiste était protégé par les talibans en Afghanistan.

Se salir les mains

Mais après les attentats du 11-Septembre et l’effondrement du régime taliban, la Suisse aurait pu connaître la vérité. A condition de le vouloir. Elle aurait pu s’intéresser à Mustafa Hamza, extradé d’Iran vers l’Egypte en 2004 avant d’être gracié par les Frères musulmans en 2012. Elle aurait pu demander aux services occidentaux ou arabes des informations sur les membres de son groupe.

Encore eût-il fallu accepter de se salir un peu les mains, de recevoir des renseignements venant d’hommes détenus dans des conditions légales discutables, à Guantanamo par exemple.

Berne ne l’a pas voulu, n’y a peut-être même pas pensé. Car cela impliquait de sortir du juridiquement correct qui sert de pensée dominante à Berne. A cause de sa prudence excessive et de son manque de persévérance, il a laissé ce massacre irrésolu, et partiellement impuni. C’est pourquoi, vingt ans après, le massacre de Louxor laisse un goût toujours aussi amer.