Oct 052017
 

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Délaissés jusque-là, les « réformistes » musulmans reviennent sur le devant de la scène en raison d’une actualité tragique et d’une succession d’attentats commis au nom de l’islam.

Pendant deux jours, observateurs et acteurs ont essayé de cerner le phénomène, ses méthodes et sa diffusion.

Les organisateurs avaient deux objectifs : « vulgariser sans trahir », et « faire dialoguer observateurs et acteurs ». Pendant deux jours, les 29 et 30 septembre, un colloque international a réuni à l’EHESS à Paris les spécialistes et les acteurs du réformisme musulman, en essayant de mesurer « leur rayonnement dans l’espace francophone ».

Le choix du thème est révélateur d’une évolution à la fois à l’intérieur de l’islam, et dans le monde de la recherche sur l’islam. « Lorsque j’ai consacré ma thèse à ce sujet il y a vingt ans, le sujet n’intéressait personne », a reconnu Mohammed Haddad, directeur du Master en Études comparées des religions à l’Université Manouba de Tunis. « Il a fallu attendre des événements catastrophiques – le 11 septembre 2001 puis les attentats de janvier 2015 à Paris – pour qu’elle soit publiée en anglais puis en français. »

Pas d’exception islamique

Le réformisme a une histoire longue dans l’islam. Les chercheurs ont d’ailleurs vigoureusement rejeté la thèse d’une « exception islamique » dans ce domaine, celle d’un « islam au-dessus de toute réforme » ou « irréformable ». Depuis le XIXe siècle, de nombreux auteurs s’en réclament et de tous types, y compris – pour certains – les courants salafistes issus du wahhabisme ou les Frères musulmans.

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« La question de l’altérité est centrale dans le réformisme », souligne Steven Duarte, maître de conférences à Paris XIII et responsable scientifique du colloque. À partir du XVIIIe siècle, et des débuts de la colonisation, des penseurs musulmans se sont interrogés sur les raisons de leur « retard ».

« Deux réponses sont apparues », résume le jeune chercheur. « L’une, revivaliste, cherchant à reconquérir l’empire perdu. L’autre, réformiste, qui veut intégrer les acquis de la science moderne à la tradition islamique. Contrairement à ce qu’affirment les tenants de la première, les seconds ne veulent pas rompre avec l’ancien : ils souhaitent servir leur religion, y compris de manière critique. »

Accusations et insultes

Il suffit de taper « réforme de l’islam » ou « réformisme musulman » sur un moteur de recherche pour faire apparaître une foule de résultats… et mesurer l’âpreté du débat. « Restauration et non réforme », assène l’un. « Réformer l’islam ou le brader ? », s’interroge l’autre. « Cet été encore, les réformistes ont été accusés d’être des’traîtres’ ou des ’collabos’… Ces insultes au sein de l’islam de France sont inacceptables », affirme le sociologue Oméro Marongiu-Perria, membre du comité organisateur.

Pour Steven Duarte, ces tensions sont révélatrices de la « grande crise » actuelle à l’intérieur du monde sunnite : une crise née de la « concurrence » acharnée entre wahhabites et Frères musulmans pour le « monopole sur le discours musulman dans le monde »… et qui s’est achevée par la victoire de l’Arabie saoudite. La diffusion de son islam ultra-conservateur et rigoriste – « intégraliste », selon l’historien Dominique Avon – explique la violence des attaques contre ceux qui plaident au contraire pour une réconciliation de l’islam avec la modernité.

Ouverture à l’altérité

Qui sont les réformistes aujourd’hui ? Ceux qui ne défendent ni l’islam traditionnel (symbolisé par al Azhar en Égypte), ni l’islam fondamentaliste. Plus que des courants ou écoles de pensée, le phénomène se réduit aujourd’hui à quelques « initiatives personnelle », relève Mohammed Haddad.

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Steven Duarte propose cinq critères pour les repérer dans le paysage musulman actuel : la conscience d’une crise profonde au sein de l’islam ; l’adhésion à une religion considérée comme normative ; l’ouverture à l’altérité ; la volonté de s’adresser prioritairement à un public musulman ; et enfin la maîtrise du patrimoine classique.

Enjeu majeur aujourd’hui

En France, le travail des chercheurs ne fait que commencer. « Il est plus avancé en Asie du Sud-Est, en Indonésie notamment, comme réponse à la poussée du wahhabisme, ou en Allemagne également », relève l’anthropologue Cédric Baylocq.

L’enjeu est majeur pour les musulmans eux-mêmes. « Aujourd’hui, certaines autorités traditionnelles reconnaissent que des préceptes coraniques comme le prélèvement de la jizya sur les non-musulmans ou le fait de couper la main des voleurs ne doivent plus être appliqués parce que le contexte historique a changé. Mais pourquoi refuser d’appliquer le même raisonnement pour le verset qui prescrit de ne verser qu’une moitié de part d’héritage aux femmes ? », s’est interrogé un participant. « On est en pleine hypocrisie. Selon moi, l’interprétation doit être ouverte à tous les versets. »

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Anne-Bénédicte Hoffner
 Posted by at 10 h 46 min

  8 Responses to “À Paris, le réformisme musulman sort de l’ombre”

  1. “Le réformisme a une histoire longue dans l’islam.” ….” Depuis le XIXe siècle, de nombreux auteurs s’en réclament et de tous types, y compris – pour certains – les courants salafistes issus du wahhabisme ou les Frères musulmans.”
    Si le wahhabisme et les doctrines des frères musulmans sont le résultat de réformes, je n’ose penser ce que l’islam pouvait être avant … ou quelque chose m’échappe.
    Je ne vois d’ailleurs pas comment une réforme pourrait atteindre la croyance en un livre révélé par Allah et décrété intouchable par son auteur.

    La preuve en est que si “à partir du XVIIIe siècle, et des débuts de la colonisation, des penseurs musulmans se sont interrogés sur les raisons de leur « retard ». ils n’ont manifestement toujours pas trouvé de réponse ailleurs que dans la responsabilité d’un Occident colonisateur et dépravé.
    Ce que l’Occident appelle “retard” n’est rien d’autre pour l’immense majorité des musulmans qu’un bienfait qui les met à l’abri ( pour ne citer que lui ) du mariage gay.
    En revanche , ce que l’islam appelle “penseur” n’est rien d’autre qu’un musulman plus ou moins érudit
    qui se voit forcé de constater que les problèmes causés par son saint livre à l’altérité se résument et se réduisent à une soumission totale à un corpus immuable.
    Si aux yeux d’un exégète musulman il y a l’art et la manière de “battre sa femme” , pour un occidental il restera toujours la part irréductible et inacceptable de la “violence faite aux femmes”.
    Rien, donc , de nouveau à venir.
    Les incompatibilités de ce style resteront en l’état, et aucune réforme venant des islamistes de quelque tendance que ce soit ne se retrouvera sur la sellette avec l’intention d’édulcorer ( parce que c’est bien cela l’espoir de l’Occident ) un livre ” tel qu’en lui-même l’éternité le changera”, lui et la soumission qu’il entraine et les catastrophes qu’entraine cette soumission.
    Le fanatisme codifié à encore de beaux jours devant lui.

  2. Une chose est sûre et certaine ce n’est pas en France que les “penseurs de l’islam ” peuvent faire quoi ce soit pour sortir cette religion de son arriération et de son obscurantiste. Car même si les cinq ou six millions de musulmans vivant en France se convertissaient au bouddhisme , rien ne changera au Pakistan , Afghanistan, Iran, Turquie, Kazakhstan , Algérie, Maroc , Egypte, Arabie saoudite , Irak etc. L’islam restera l’Islam avec tout ce qu’il traîne comme archaïsme avec lui. Les adeptes de cette religion ont l’estomac au XXIe siècle et la tête au VIIe siècle , siècle de sa naissance. Il ne faut pas juger l’islam avec des lunettes françaises mais avec les lunettes que portent les 57 pays de l’OCI. sur leur religion.Juste un simple exemple:est-ce que si un jour, encore lointain , les musulmans de France optent pour la laïcité, non verbalement mais concrètement en séparant le spirituel et le temporel, les musulmans de l’Inde suivront , comme ceux des Emirats , de Somalie du Soudan nord? Si changement doit y avoir , il ne peut venir que des pays musulmans , car les musulmans qui ont immigré ou descendent d’immigrés sont considérés comme des traitres ou des collabos , dès qu’ils formulent le moindre changement concernant la pratique. Des criminels islamiques , égorgent , assassinent , décapitent , viols , incendies mosquées et lieux publics en criant ” Allah Akbar ” ou” Nous avons vengé le prophète” comme pour Charlie Hebdo, cela n’empêche pas les musulmans de France et des pays musulmans de nous rebattre les oreilles avec le slogan ” Ce n’est pas l’islam” sans nous dire où se trouve le vrai islam.

  3. L’islam est divers. C’est cette diversité qu’on essaie de nous vendre pour nous le faire croire anodin et “cool”. On crée une forêt pour cacher l’arbre islam. C’est une technique invasive. Pendant qu’on débat du sexe des djinns, on ne s’occupe pas des hordes qui nous envahissent insidieusement avec la bénédiction des politiques.
    Le dernier abruti tunisien qui a tué deux femmes à Marseille, vous croyez qu’on va réellement rechercher pourquoi il a pu rester sur le territoire avec toutes ses casseroles ?
    Il parait que même la mère d’une victime n’y voit pas mal. La France Insoumise de Mélenchon soutient le “martyr” du tueur ! Sonia Nour, Zoé Desbureaux (suppléante de François Ruffin)
    Danièle Obono voit du sexisme dans le fait qu’un chauffeur de bus de la RATP ne veut pas s’asseoir sur le siège de conducteur après qu’une une collègue femme l’a souillé de sa personne.

  4. Anne- Bénédicte. Hoffner écrit pour le journal “La croix” adepte du vivre ensemble avec l’islam autant que pour discuter du sexe des anges avec des imams à défaut d’agir tout en réfléchissant à la réalité de l’islam et son bouquin farfelu.

    “” un colloque international a réuni à l’EHESS à Paris les spécialistes et les acteurs du réformisme musulman, en essayant de mesurer « leur rayonnement dans l’espace francophone “”

    Le rayonnement réformiste c’est quoi, le bel islam mais avec qui et quel bouquin ?

    https://www.islam-et-verite.com/dialogue-islamo-chretien-lhypocrite-parle-masochiste-helios-dalexandrie/

    L’hypocrisie est partout même sur la croix…….

  5. “le prélèvement de la jizya sur les non-musulmans ou le fait de couper la main des voleurs ne doivent plus être appliqués parce que le contexte historique a changé.”
    Donc si le contexte change à nouveau, ils pourront refaire entrer en vigueur ces lois.
    Bravo.

    Tout est bon dans le cochon pour manger.
    Tout est bon dans l’islam pour enfumer.

  6. yoananda
    Là où vous faites erreur , c’est que “l’appel” au contexte par les musulmans quand vous les critiquez sur un verset, ne leur sert qu’ à se dédouaner et à faire croire que ce verset n’est plus applicable, alors qu’il n’a subi aucune abrogation. ( je ne connais pas d’abrogation concernant l’amputation des voleurs ).
    Des pays islamiques continuent bel et bien à lapider ( vous me direz où est le verset correspondant est dans le coran ! ) à amputer … etc etc
    Il est bien évident que si l’islam prend le pouvoir dans un pays européen, la charia sera de rigueur.

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