Août 022017
 

Source La bibliothèque de Theo Francken (Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration de la Belgique)

 © Siska Vandecasteele

Fidèle à sa réputation, Theo Francken aime les livres polémiques, que ce soit sur la politique américaine ou la place de l’Islam en Europe.

 Et retentit un bruit sourd quand s’abat sur la table la pile de bouquins qu’il a choisis. Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Theo Francken dit d’entrée de jeu “beaucoup lire”. Et pour vous, lecteurs de L’Echo, il a fait ses petits devoirs: il a emmené avec lui les livres qui l’ont le plus marqué. “Aujourd’hui, je ne lis quasiment plus de romans ni de fictions, ce que je faisais beaucoup avant. Aujourd’hui, la toute grande majorité de mes lectures a un rapport avec mon travail.”

Theo Francken a grandi dans le centre de Lubbeek, au coeur du Brabant flamand, à côté de la bibliothèque communale, ça vous forge une fureur de lire. “On allait à la bibliothèque chaque mercredi avec ma soeur et mon frère. On adorait ça”, se souvient-il. On note une pointe de nostalgie dans la voix de ce dur-à-cuire. Inconditionnel des réseaux sociaux, Francken assure ne pas y voir un frein à la lecture – bien au contraire. “Cela a plutôt changé ce que je lisais. Grâce aux réseaux sociaux, je lis d’autres trucs, des histoires auxquelles je ne me serais pas intéressé sans cela, des opinions que je n’aurais jamais vues. Oui, ce sont souvent des lectures plus courtes mais c’est une autre forme de lecture”, explique celui qui, pour rappel, est pédagogue de formation.

Alors, les bouquins, nous y voilà. “Je suis très intéressé par la géopolitique.” Et il exhibe un livre du professeur Robert Kagan: “La puissance et la faiblesse”. “C’est unique. Kagan, c’est réellement unique. Il a en même temps une vision très pro-américaine mais aussi pro-européenne, il a des racines européennes mais il est professeur aux Etats-Unis. Ce livre n’est pas récent (2002) mais avec tout ce qu’il se passe, Trump, Macron, c’est tout à fait d’actualité et ça explique le fossé transatlantique. Je suis pro-américain, pro-Otan depuis que j’ai 16 ans.”

Aucune nuance sur Trump

Il marque une pause. “Mais côté francophone, c’est souvent difficile de faire passer ce message, il est de bon ton d’être anti-américain, ça n’existe pas vraiment côté flamand. C’est très intéressant. Tous les quatre ans, je suis avec attention les élections américaines, je vais sur place. C’est la plus grande puissance dans le monde et je suis déçu du manque de nuance quand on évoque la politique américaine depuis l’Europe, c’est toujours le même son de cloche. Je ne suis pas 100% pour Trump, mais il n’y a aucune nuance, si on écoutait ce que disaient les journalistes belges, les républicains n’auraient que 10% alors que c’est le plus vieux et le plus grand parti d’Amérique.”

Theo Francken a particulièrement apprécié le bouquin du libéral flamand Patrick Dewael où il relate son expérience ministérielle quand il était en charge de l’Asile (“Eelt op mijn ziel”). “Parce que je vis ce qu’il raconte là-dedans, être en prise avec des gens qui sont en Belgique depuis longtemps, qui ne sont pas des criminels mais qu’il faut malgré tout renvoyer vers leur pays. C’est très bien décrit par Patrick Dewael.” Le livre a été dédicacé par l’ex-ministre.

Dans un autre genre, le dernier roman du Français Michel Houellebecq, “Soumission”, a beaucoup impressionné Francken. “Je sais que c’est très controversé. C’est un débat dont on ne va pas faire l’économie en Europe occidentale: l’identité, la place de l’islam. Quelle communauté voulons-nous être? C’est une question centrale. Je ne lis pas que des livres avec lesquels je suis d’accord, évidemment. Ce livre de Houellebecq est choquant et assez cynique, mais je l’ai lu.” Pêle-mêle, Francken évoque encore un livre de William Easterly, spécialiste du développement et ancien numéro deux de la Banque mondiale, “The white man’s burden”. “Un livre génial sur le développement. Bon, c’est aussi très controversé, mais ma soeur travaille dans ce secteur et on en parle beaucoup. Le livre explique pourquoi après tout ce qu’on a fait en Afrique, les résultats sont si maigres. Une des raisons qu’avance Easterly pour expliquer l’acharnement au développement est qu’on ne peut pas arrêter de faire cela, c’est la culpabilité, la honte et nos racines judéo-chrétiennes.”

“Je suis flamingant”

Il évoque encore un livre économique du professeur Herman Daems et un autre sur le mouvement flamand, un livre d’histoire préfacé par Bart De Wever. “Je suis flamingant”, rappelle-t-il. Il rit. “La N-VA est devenu un parti très grand et il y a des gens qui ne connaissent rien à notre parti, c’est un projet pédagogique.”

Il montre aussi quelques bandes dessinées. “Avant je dévorais cela, j’achetais mes BD en compagnie de mon meilleur ami. Depuis qu’il est décédé, je ne lis plus une seule bande dessinée.”

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