Juin 152017
 

Remarque de Sami Aldeeb: encore une vision idyllique, irréaliste et mal-informée qui ne sert qu’à enfoncer les musulmans dans leurs errements et à retarder toute prise en charge critique de l’islam. Je renvoie l’auteur et les lecteurs de cet article à mes livres, notamment:

Zakat, corruption et jihad : Interprétation du verset coranique 9:60 à travers les siècles, Createspace (Amazon), Charleston, 2015, 125 pages : Amazon

Alliance, désaveu et dissimulation : Interprétation des versets coraniques 3:28-29 à travers les siècles, Createspace (Amazon), Charleston, 2017, 250 pages: Amazon

Nulle contrainte dans la religion: Interprétation du verset coranique 2:256 à travers les siècles, Createspace (Amazon), Charleston, 2015, 201 pages : Amazon.fr

Le jihad dans l’islam: Interprétation des versets coraniques relatifs au jihad à travers les siècles, Createspace (Amazon), Charleston, 2016, 254 pages :  Amazon

Le tribut (jizya) dans l’islam: Interprétation du verset coranique 113/9:29 relatif au tribut (jizya) à travers les siècles, Createspace (Amazon), Charleston, 2016, 204 pages : Amazon

Source

Après les attaques terroristes de Manchester et de Londres et leurs revendications par le groupe dit « Etat islamique » (EI), il est une fois de plus tentant pour certains de faire le raccourci en incriminant l’islam et non l’islamisme, ne tenant pas compte des sources du radicalisme et de ses sponsors, abusant du terme imprécis de Jihâd appliqué à toutes les formes de violences. Suite aux propos fermes et mesurés du premier maire musulman de Londres, Sadiq Khan, condamnant la « lâcheté » de ces actes[1], ses paroles ont été détournées dans un tweet du président états-unien Donald Trump, donnant à voir l’exploitation et les interprétations biaisées de ces événements tragiques[2].

La confusion qui règne en ce moment sur ces questions repose en grande partie sur trois types de facteurs : le premier réside dans la persistance de mythes qui alimentent notre (mé)compréhension du lien entre islam et « modernité » ; auquel s’ajoute le refus d’une contextualisation politique des événements, doublé d’un déficit d’analyse des processus dit de radicalisation religieuse et de la genèse des courants « islamistes » ou « jihadistes » ; enfin le tout est supporté par une pseudo-théorie du « choc des cultures », couvrant une vision programmatique qui justifie la projection de la puissance états-unienne au Proche-Orient[3].

Les sociétés musulmanes ont subi durant plusieurs siècles et de manière frontale le choc avec l’Occident impérialiste[4], et c’est dans cette « longue histoire » que Fethi Benslama ancre le « traumatisme » du monde islamique remontant à la chute du dernier Califat en 1924, soit la fin de l’empire islamique né avec les califes omeyyades au 7ème siècle de notre ère[5]. Les logiques de la conquêtes islamiques des deux premiers siècles de l’hégire[6] (7ème et 8ème siècles) n’étaient guères différentes de celles éprouvées à l’époque d’Alexandre le Grand (4ème siècle av. J.C.) et des empereurs romains (dont bien sûr Constantin converti par la grâce de Dieu au christianisme): tout succès militaire signifiait traditionnellement une forme de bénédiction divine du vainqueur.

La dissolution tardive de l’idendité ottomane, plaçait les peuples de la région dans une humiliante dépendance vis-à-vis des puissances occidentales. L’historien Robert Mantran a « déconstruit» depuis longtemps le mythe des conversions prétendument forcées des populations locales face à la poussée musulmane. Selon lui, celles-ci se seraient produites: « non par la volonté des conquérants, mais par celle des conquis, cherchant à entrer dans une société triomphante. »[7] Ainsi, après le temps des conquêtes d’une civilisation sûre de sa légitimité divine, suivait l’humiliante défaite et les siècles de repli vécus de façon concomitante à la reconquête de l’occident chrétien, des croisades jusqu’aux expéditions coloniales.

Rôle hégémonique de la dynastie saoudienne

À l’issue de la Première Guerre mondiale, l’« idéal islamique blessé » donnait naissance à la volonté de restauration de l’« âge d’or » du califat perdu, objectif annoncé du mouvement dit « des frères musulmans » depuis sa création en 1928. Une ambition des courants traditionalistes qui serait bientôt reprise et amplifiée par le nouveau royaume d’Arabie Saoudite, alliée de l’Angleterre puis des Etats-Unis à l’issue des deux Guerres mondiales[8]. Une alliance était née qui allait pourvoir au développement des infrastructures pétrolières saoudiennes grâce aux entreprises pétrochimiques U.S.[9]. Placée sous une forme inédite de protectorat, ses émirs allaient consacrer une part croissante du produit de leur rente énergétique à l’établissement d’un dense tissu d’organisations politiques, économiques, sociales, éducatives et religieuses par lesquelles un jour le Califat pourrait être restauré, suivant l’interprétation sunnite rigoriste de l’islam des premiers califes (salafisme)[10].

Cette entente contre nature allait favoriser l’escalade aux armements, en donnant à la dynastie saoudienne un rôle hégémonique qu’elle n’avait pas auparavant, et ce, face à l’Iran sa grande rivale régionale, riveraine de la mer Caspienne, porte d’accès aux mers ouvertes par le golfe Persique, et de la mer d’Oman. Un espace tampon qui est aussi une pièce vitale dans le jeu d’endiguement des Etats-Unis face à la Russie et la Chine au cœur de l’Asie[11].

La religion resta longtemps un facteur secondaire dans la géopolitique mondiale. Contre les premières formes d’intégrisme religieux, nombre d’intellectuels musulmans avaient appelé à repenser la place et le statut du Coran par soucis d’adaptation à la modernité, prenant en compte l’expression des « réalités sociales » anciennes, l’islam se confondant souvent avec la fabrique des activités socio-économiques des pays du Levant. Un article séminal publié par Samir Amin dans la revue Social Compass au tournant du 21ème siècle, rappelait que le judaïsme avait, tout comme l’islam, maintenu une conception théocratique et archaïque du pouvoir qui rendait toute tentative de réforme difficile de l’extérieur[12].

La “tradition” instrumentalisée

Rappelons que tout comme l’Ancien testament des juifs, le Coran s’était transmis d’abord oralement avant de se fixer par écrit sous les premiers califes omeyyades de Damas. C’est au cours des 9ème et 10ème siècles par l’annotation des textes, les ajouts et les commentaires que le discours original, attribué au prophète et à ses proches, acheva de se transformer en ouvrant les possiblités interprétatives mais en réduisant en théorie, même si la pratique pouva le contraire, les possibilités de « rétablir» une prétendue « pureté originelle » du livre sacré des musulmans.

Toute approche historico-critique conçoit l’impossibilité d’un tel projet et résiste aux lectures « fondamentalistes » de ce qu’il est communément convenu d’appeler les « islamistes » ou intégristes. Combien de musulmans envisagent-il aujourd’hui serieusement de revenir aux pratiques médinoises des premières temps de l’islam ?

L’Arabie saoudite est pour de nombreux observateurs l’état qui est parvenu à instrumentaliser la « tradition » en faisant du Coran sa loi fondamentale – socle de sa constitution politique – ce qui lui a permis d’imposer ce prétendu retour aux sources de la foi tout en fustigeant les modèles concurrents, dont le chiisme duodécimain majoritaire de l’Iran à l’Irak en passant par le Liban[13].

La compréhension de ces « déviations » interprétatives au sein de l’histoire politique de l’islam suppose de ne pas tout réduire à la seule question de compatibilité ou d’incompatibilité entre la foi et la raison au sein de cette religion (vue comme contredisant le sacro-saint héritage européen des « Lumières »). Ceci demeure un des ressorts de l’argumentaire de ceux qui critiquent non pas tant l’islam en tant que religion mais qui nient sa place en Occident. Pour Abdelwahab Medded, l’islam serait une religion laïque et la consubstantialité du politique et du religieux ne serait pas propre à l’islam[14]. C’est l’approche intégriste qui, selon lui, a construit artificiellement un tel lien.

Le philosophe et savant musulman Avérroès (1126-1198) fut l’un des premiers a prétendre séparer les vérités philosophiques et théologiques. Le christianisme après s’en être largement inspiré, allait au terme d’une longue course effectuer une « rupture » avec le passé, en abandonnant l’idée de faire régner « sa » loi divine sur terre. La séparation des structures du pouvoir politique et religieux en Occident ne se fit qu’au prix de nombreuses guerres et des massacres produits des guerres de religion. L’islam une religion sans Eglise, ni magistère laisserait, en théorie, le champ ouvert à des interprétations riches et variées de ses écrits sacrés.

Interventions militaires de l’Occident

Pourquoi alors la laïcité telle que nous la connaisons en Occident ne s’est-elle pas répandue dans les pays d’islam ? La réponse tient à la fois au rôle des états qui, de la Turquie à l’Irak, se sont efforcés d’imposer la modernité comme rupture avec les traditions anciennes. En faisant cela, ces despotes ont discrédité les valeurs nouvelles aussitôt rejetées comme indésirables. À ceci s’ajoute le fait que les dignitaires arabes se sont montrés incapables d’appliquer des réformes quand celles-ci affaiblissaient leur emprise sur le pouvoir, au moment où les ingérences occidentales, en rivalité les unes avec les autres, étaient les plus fortes. Tout cela a contribué à préparer le « vide » socio-économique, dans lequel les discours intégristes ont fini graduellement par s’imposer sur ceux des progressistes.

L’analyse du processus de la radicalité religieuse, menée par Fethi Benslama, démontre de la sorte combien ce phénomène ne peut s’analyser hors du contexte large qui l’a vu naître et prendre en compte le rôle des interventions militaires de l’Occident dont celle des Etats-Unis au début des années 1990 dans le Golfe persique jusqu’à celle d’Irak en 2003 et qui dure encore. La question de l’identité est ici centrale pour expliquer de quelle manière, depuis la première moitié du 20ème siècle, un sentiment populaire d’humiliation s’est aggravé dans tous les pays soumis à l’ancienne tutelle ottomane, pour devenir le « cancer de l’islamisme » capable de détruire les fondements d’une civilisation autrefois phare intellectuel du monde[15].

Bien que l’idéal européen des Lumières soit venu par les cannonières au 18ème et 19ème siècles, cela n’avait pas empêché les élites musulmanes de s’approprier une partie des idéaux réformateurs et ce, bien avant que la poussée des partisans de la restauration théologique ne finissent par l’emporter. La réussite de ce dernier courant ne fut jamais acquise avant que ne soit consommée la faillite du nationalisme arabe, comme le produit d’une double trahison : premièrement celle de l’implantation de l’Etat juif sur les terres promises autrefois aux arabes et deuxièmement celui de l’abandon douloureux de l’idée d’« unité », autrefois ancrée dans le principe de l’autodétermination des peuples très vite sacrifié sur l’autel de la realpolitik de Churchill et de Truman. Les puissances victorieuses de l’Occident niant avec arrogance la reconnaissance du rôle historique joué par les tribus arabes à l’issue des deux guerres mondiales. Qui peut encore prétendre guérir les cicatrices nées des frontières « artificielles » de l’ordre ancien ? La question reste entière aujourd’hui.

Frange radicalisée

L’explication donnée par certains think tanks de Washington et d’ailleurs sur un prétendu processus de radicalisation religieux purement « autonome », né dans l’islam et pour sa défense, sans intégrer le contexte historique plus large, est sans validité scientifique[16]. Les individus qui se « radicalisent » dans la religion n’ont pas de réelle connaissance de la nature et du contenu du Coran. Ce qu’ils recherchent est un « produit » qui doit leur permettre de surmonter le profond désarroi identitaire qu’ils traversent. Selon Fethi Benslama ce sont des individus relativement jeunes, en période d’immaturité identitaire, entre 15 et 25 ans, qui forment les deux-tiers des djihadistes. Sur ce nombre près de 40% seraient des nouveaux convertis et non des croyants de longue date. La possibilité de détourner par l’intermédiaire de réseaux sociaux et via internet des profils de «candidats » sélectionnés pour leur fragilité psychique est un facteur supplémentaire à prendre en compte dans l’analyse du phénomène djihadiste[17].

Quelle que soit la légitimation historique cherchée par cette frange radicalisée, celle-ci vise avant-tout à accréditer, après-coup, en les justifiant, ses propres actions violentes dont l’usage est unanimement condamné par les prélats de toutes les confessions religieuses. Ceux que l’on nomme communément et, par raccourci, les djihadistes, sont le résultat d’un « phénomène collectif » de déracinement préoccupant car bien réel, alimenté par la guerre. À travers la guerre s’opère la perpétuation des vexations anciennes auxquelles ceux qui se sacrifient croient apporter une solution « héroïque »[18].

Comme le dit Fethi Benslama : « L’islamisme comporte la promesse d’un retour au monde traditionnel où être sujet est donné, alors que dans la civilisation moderne l’individu est une superproduction de lui-même qui l’oblige à un travail harassant. »[19] De ce fait, il est erroné de continuer à prétendre que les islamistes sont des radicaux religieux dont le seul motif serait la haine des valeurs de l’Occident et contre lesquels les Etats-Unis et leurs alliés saoudiens voir israëliens seraient, avec leur puissance militaire, le meilleur des remparts[20].

Pourquoi assiste-t-on encore à un tel décalage entre la manière dont les musulmans vivent leur foi et la perception publique de leurs pratiques en Occident? Les médias agissent comme une caisse de résonance des « préjugés ambiants » et des pseudo-analyses qui re-diffusent ces représentations biaisées de l’islam et de ses communautés. Lieux communs persistants, amplifiés par les discours xénophobes des néopopulistes.

La démonstration empirique de Nilüfer Göle pour le cas européen est très parlante. Selon elle, les possibilités de dialogue entre l’islam et les sociétés européennes est bien vivant et se construit sur une relation culturelle dynamique[21]. La chercheuse a confirmé une hypothèse, dans la ligne de celle formulée par Abdelamajid Chafri, et qui veut que les musulmans ne forment pas une entitié informe mais reflètent des volontés diverses et plurielles capables de se réapproprier leur religion, en la transformant, sans pour autant contrevenir aux traditions, coutumes et règles de leurs pays d’établissement.

Il est donc possible de démontrer empiriquement et non par des préjugés idéologiques que les communautés musulmanes d’Europe et d’ailleurs sont, et pour leur grande majorité, non pas retranchées sur elles-mêmes, mais ouvertes au dialogue et prêtes à s’engager dans l’espace public.

Un contexte géopolitique chargé

Face au phénomène de réislamisation du monde sunnite qui est en cours, sous l’influence principale de l’Arabie Saoudite, grand alliée de Washington, s’opère un processus de déconstruction pour ne pas dire de destruction des communautés existantes au bénéfices des pouvoirs despotiques[22]. Ce sont eux qui, en instrumentalisant la religion et le « traditionalisme », parviennent à capter le pouvoir en se débarrassant des mouvements d’opposition, de la gauche progressiste en particulier.

Les événements tragiques de Londres s’inscrivent ainsi dans un contexte géopolitique chargé : suite à la signature de contrats militaires sans précédent, pour $110 milliards, entre les Etats-Unis et le royaume saoudien, un blocus a été décrété par les émirats menés par les mêmes saoudiens contre les vellétiés d’indépendance du Qatar, une disposition exceptionnelle pour laquelle le président Trump s’est attribué les mérites[23].

Le cas du Qatar est à ce titre emblématique en tant que lieu d’établissment, depuis 2002, du poste avancé du Centcom, centre de commandement des opérations militaires états-unien pour la région[24], le pays a été stigmatisé pour avoir prôné de bonnes relations avec l’Iran la principale cible des saoudiens. Le ministre de la défense d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane a annoncé il y a peu que son pays était maintenant près à « amener la guerre » à l’intérieur de l’Iran. Cette déclaration a précédé de peu l’attaque par l’EI contre le parlement de Téhéran le 7 janvier dernier[25]. Cela suffit-il prouver que l’Arabie Saoudite est derrière ces attaques, certes non[26].

En réaction à de telles attaques, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif a fustigé le président états-unien pour avoir banalisé cette violence et prétendu que les Etats appuyant le terrorisme devaient naturellement s’attendre à en être la cible. « Le communiqué de la Maison-Blanche, a-t-il déclaré, et les sanctions du Sénat (des Etats-Unis) sont répugnantes alors que les Iraniens font face à la terreur soutenue par les clients des Américains. »[27] La participation saoudienne aux actes qualifiés de djihad au nom d’un nationalisme pan-islamique est vérifiée par des enquêtes de terrain, montrant en outre que celle-ci est surreprésentée par rapport à l’ensemble des attaques en provenance des autres régions[28].

Les Etats-Unis et leurs alliés régionaux, semblent ainsi favoriser plus qu’ils ne les entravent les courants intégristes salafistes dans le monde, et entretiennent leur formidable arsenaux militaires au service de la perpétuation de la violence[29]. Le représentant d’Amnesty International Patrick Wilcken mentionnait il y a peu le détournement d’armes américaines, pour plus d’un milliard de dollars, tombées dans les mains des jihadistes de l’EI[30]. Une information qui contredit la teneur des discours officiels. Selon Ardavan Amir-Aslani dans son chapitre intitulé « Deash, Frankenstein des Saoud » : « Le royaume saoudien ne serait donc qu’une version ratée de l’Etat islamique idéal »[31].

Faire cesser la violence passera inévitablement par la déconstruction de cet échevau complexe reposant sur l’héritage mal compris des siècles d’humiliation et des traumatismes coloniaux et post-coloniaux encore à vif[32]. On peut regretter qu’avec le temps, cela soit le discours des extrêmes qui l’emporte et que seules les interprétations qui répondent aux attentes de leurs auteurs et commanditaires, instances dirigeantes et lobbies des armes, parviennent à imposer une lecture à « sens unique » du débat sur la place de l’islam dans nos sociétés, en écartant de façon délibérée les approches dissidentes des modérés et des libéraux progressistes.

Les auteurs et intellectuels cités dans cet article, parmi lesquels Abdelmajid Chafri, Abdelwahab Medded, Nilüfer Göle et Fethi Benslama démystifient de tels préjugés et mythes entravant tout effort de recherche sur les sources de la radicalité islamique et de la violence politique qu’elle engendre. L’islam ne peut se réduire à une « anomalie » ni à une menace uniforme. Le terrorisme n’est pas le jihâd et il contredit de manière fondamentale les enseignements de l’islam[33].  Les « fondamentalismes» radicaux pervertissent ainsi le sens des traditions culturelles de l’Islam qui pourtant ont leur place dans les sociétés libres et laïques d’Occident. Comme le dit A. Chafri : « Penser l’islam aujourd’hui consiste donc en priorité à prendre et à faire prendre conscience de ce processus historique, et à la déconstruire. »[34]

JÉRÔME GYGAX

DOCTEUR EN RELATIONS INTERNATIONALES DE L’IHEID

Docteur en relations internationales de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève), Jérôme Gygax est historien, chercheur associé à la Fondation Pierre du Bois pour l’histoire du temps présent. Ses travaux portent sur l’histoire des idées, les nouvelles formes de diplomatie, l’utilisation des médias dans la naissance du soft power. Il s’intéresse aux relations entre le secteur public et privé, au rôle des réseaux et leur impact dans la politique internationale.  

Publications récentes : Jérôme Gygax et Nancy Snow, « 9/11 and the  Advent of Total Diplomacy : Strategic Communications as a primary Weapon of War » ds Journal of 9/11 Studies, Vol 38, July 2013 ; J. Gygax, Olympisme et Guerre froide culturelle, le prix de la victoire américaine, Paris, L’Harmattan, 2012.

 

[1] Sadiq Khan, déclaration du lundi 5 juin sur dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/x5p5ua1

[2] Moustafa Bayoumi, « Trump’s Twitter attacks on Sadiq Khan reveal how pitiful the president is » on The Guardian, 06.06.2017 sur : https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/jun/06/trumps-twitter-attacks-sadiq-khan-pitiful-president

[3] L’expression renvoie au sens plus profond de crise de la culture occidentale en tant que modèle de culture universelle. Lire Jean-François Mattéi, « Cultures – le choc des cultures », Encyclopédie Universalis (en ligne), consulté le 10 juin 2017 sur http://www.universalis.fr/encyclopédie/culture-le-choc-des-cultures/ ; le mythe de « choc des civilisations » de Samuel Huntington décrit comme un mythe par Olivier Schmitt, « Le choc des civilisations. Aspects d’un mythe politique contemporain » in temps présents, 29.01.2016 https://tempspresents.com/2016/01/29/choc-civilisations-mythe-olivier-schmitt/

[4] Abdelamajid Chafri, « L’Islam aujourd’hui face à la modernité » in Le Monde, 12 octobre 2007, p.19

[5] Fethi Benslama, « Pour les désespérés, l’islamisme radical est un produit excitant » in Le Monde culture et idées, propos recueillis par Soren Seelow, 12.11.2015,

[6] L’hégire correspond au commencement du calendrier musulman fixé au 16 juillet 622 marqué par l’exil du prophète Mahomet à Yathrib (Médine) et ainsi la rupture avec le style de vie clanique de la Mecque.

[7] Robert Mantran, L’expansion musulmane, VIIème-XIème siècles, Paris, Cio-Puf, 1995.

[8] Nabil Mouline, « Aux racines du djihadisme : surenchère traditionaliste en terre d’islam » in Le Monde Diplomatique, mars 2015. Voir également Andrea Wong, « The Untold story behind Saudi Arabia’s 41-year U.S. Debt Secret » on Bloomberg, 31.05.2016, sur https://www.bloomberg.com/news/features/2016-05-30/the-untold-story-behind-saudi-arabia-s-41-year-u-s-debt-secret

[9] Voir U.S.-Saudi relations : A timeline, 20.05.2017 sur AlJazeera, http://www.aljazeera.com/indepth/interactive/2017/05/saudi-relations-timeline-170518112421011.html; on lira Ardavan Amir-Aslani, Arabie Saoudite, de l’influence à la décadence, Paris, L’Archipel, 2017.

[10] On se référera à l’histoire de l’Arabie Saoudite par Madawi Al-Rasheed, A History of Saudi Arabia, Cambridge University Press, 2010 (2002) et Paul Aarts and Gerd Nonneman (ed.), Saudi Arabia in the Balance, political Economy, Society, Foreign Affairs, New York, New York University Press, 2005.

[11] In Nabil Mouline, op. cit.

[12] Samir Amin, « Judaïsme, christianisme, islam : réflexions sur leurs spécificités réelles ou prétendues » in Social Compass, 46 (4), 1999, pp.545-561

[13] Chomsky sur le soutien américain du régime saoudien, « Chomsky : Saudi Arabia is the « Center of Radical Islamic Extremism » Now spreading among Sunni Muslims » on Democracy Now, 17.05.2016. sur : https://www.youtube.com/watch?v=lOgp5D_qQqE

[14] Patricia Briel, interview avec l’écrivain Abdelwahab Meddeb, « L’Islam est une religion laïque » in Le Temps, 18.02.2006

[15] Pour une approche générale sur la philosophie arabe, voir Ali Benmakhlouf, Voix philosophiques, DK ed., 2012, chapitre 2, « Philosophie et Moyen Âge arabe ».  Ainsi que la page de l’institut du monde arabe, sur les sciences : https://www.imarabe.org/fr/decouvrir-le-monde-arabe/sciences

[16] Voir en outre les études du CSIS qui ne reflète aucune approche historique critique. Notamment dans Anthony H. Cordesman and Nawaf Obaid, National Security in Saudi Arabia : Threats, Responses, and Challenges, Wesport, Praeger Security International, 2005.

[17] Fethi Benslama, op. cit.

[18] La notion de Jihâd est l’une des plus mal comprise et déformée de l’islam. Le Jihâd n’est pas la guerre (Harb et Qitâl en arabe) mais : « une lutte pour accomplir le bien et éradiquer l’injustice, l’oppression et le mal dans son ensemble dans la société. » C’est une lutte aussi bien spirituelle que politique. Voir l’explication du Dr. Muzammil Siddîqi (président de la société islamique d’Amérique du Nord), dans « Le Jihâd : sa vraie signification et son but », 9 déc. 2002, sur www.islamophile.org/spip/le-jihad-sa-vraie-signification-et.html

[19] Fethi Benlama, in op. cit.

[20] Voir en outre le discours de Steven Emerson to the National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States, intitulé : « The Rampant Allure of Jihad in the Muslim World », le 08.07.2003, https://govinfo.library.unt.edu/911/hearings/hearing3/witness_emerson.htm

[21] Nilüfer Göle, « L’Islam est devenu un ingrédient actif des dynamiques européennes » in Le Monde culture et idées, propos recueilli par Cécile Chambaud,  6 juin 2015

[22] Sur les soutiens saoudiens aux forces islamistes et les relations avec les Etats-Unis, écouter Abdel Bari Atwan : « Inside how the U.S. & Saudi Arabia aided growth of the Islamic State » on Democracy Now, 17.11.2015 sur : https://www.youtube.com/watch?v=3hlTsigMK-s ; lire également James Risen, State of War : The Secret History of the CIA and the Bush Administration, New York, Simon&Schuster, 2006.

[23] Lire Andrew Buncombe, « Trump says his Saudi Arabia visit could be « beginning of the end for terrorism » in The Independent, 06.06.2017.  http://www.independent.co.uk/News/world/middle-east/trump-qatar-saudi-arabia-end-of-terrorism-tweet-latest-us-president-a7775661.html

[25] L’Iran est la principale puissance qui se bat contre l’EI (ISIS).  Seyed Hossein Mousavian Fmr. Iranian Diplomat : ISIS Attack on Teheran « Managed by Saudi Arabia » on The Real News. https://www.youtube.com/watch?v=8hp6se4pyPw

[26] Ibid.

[27] Cité dans « Attentats de Téhéran : les assaillants avaient combattu aux côtés de l’EI en Irak et en Syrie » in Le Monde, 08.06.2017. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/06/08/attentats-de-teheran-l-iran-qualifie-de-repugnante-la-reaction-de-la-maison-blanche_5140396_3222.html

[28] Thomas Hegghammer, « Saudis in Iraq : Patterns of Radicalization and Recruitment » in Culture et Conflits, (en ligne), 64, hiver 2006, mis en ligne le 05 mars 2007. http://conflits.revues.org/2128

[29] C’est le sens de la critique adressée par Patrick Cockburn sur l’aveuglement face aux mécanismes qui alimentent le terrorisme. Lire Patrick Cockburn, « Britain refuses to accept how terrorists really work – and that’s why prevention strategies are failing » on The Independent, 08.06.2017, sur http://www.independent.co.uk/voices/terrorism-isis-muslim-islam-jihadi-britain-theresa-may-prevent-strategies-manchester-london-failing-a7780081.html

[30] Patrick Wilcken, Amnesty International, on « Amnesty International : Did $1 billion worth of lost U.S. Weapons end up in the hands of ISIS ? » on Democracy Now, 31.05.2017, https://www.youtube.com/watch?v=-_6WBQgSu8A&t=100s

[31] op. cit. p. 205

[32] Ceci devrait aussi permettre de discuter des arguments d’auteurs qui se permettent de parler du fascisme islamique en citant l’Iran comme premier pays musulman à voir imposé le fascisme. Tel que Hamed Abdel-Samad, Le fascisme islamique, une analyse, Paris, Grasset, 2017, p.148

[33] Voir en outre l’explication du Dr. Muzammil Siddîqi, cité ci-dessus note 17.

[34] Abdelamajid Chafri, op. cit.

 Posted by at 16 h 20 min

  8 Responses to “JÉRÔME GYGAX – Comment l’islam a été détourné – remarque de Sami Aldeeb”

  1. Dans sa préface du livre d’Ibn Warraq: “pourquoi je ne suis pas musulman”, Talisma Nasrin s’était déjà exprimée concernant ce genre d’intellectuels : ” Non seulement les médias occidentaux, desquels nous n’espérons plus guère de grands principes moraux ou de courage, mais également les intellectuels font preuve de lâcheté quand il est question d’une juste critique morale de l’islam et de ses dogmes”.

    • Tous ces gens sont des charlatans. Lorsqu’ils évoquent un “détournement de l’islam” c’est que leurs connaissances des écrits islamiques sont réduites. Ils cherchent quoi, de la finance islamique, des pétrodollars?

      Sami Aldeeb nous a apporté suffisamment de preuves pour savoir ou se faire avoir.

      L’islam politique est à combattre autant que l’islam religieux, les deux reposant l’un sur un sanguinaire et pédophile, l’autre sur du vent et un copié / collé des zôôtres.

      • Si seulement, c’était un bon copié-collé, il n’y aurait aucun problème !
        Pour un copié-collé, passer de “aimez-vous les uns les autres” à “tuez-les tous, où que vous les trouviez”, il y a mieux ! Il ne savait pas lire, parait-il, Mahomet. Ça explique peut-être la mauvaise copie.

        • J’ai lu que le terme “ummî” peut signifier “illettré” ou “non initié” (sous entendu, à laTorah et à l’Injil, sans livre saint), mais il semblerait que ce soit contesté. Au-delà, on peut se demander ce que Jibril demanda à Mahomet de lire, et qu’il lut finalement, s’il ne le savait. Ce n’est qu’une reprise d’Ésaïe 29:12 (“Ou comme un livre que l’on donne à un homme qui ne sait pas lire, en disant: Lis cela ! Et qui répond: Je ne sais pas lire”) supposé légitimer le statut prophétique de Mahomet et le fait qu’un illettré n’aurait pu rédiger l’ “inimitable” Coran. L’illettrisme de Mahomet, personnage lui-même fictif, est un artifice arrangeant mais à la fois affirmé et contredit par les textes de l’islam eux-mêmes, qui ne sont plus à cela près et nous ont amplement habitués à tout et son contraire.

        • Les Pharaons ont laissé du savoir comme d’autres civilisations disparues, les tribus juives également, en ce qui concerne l’islam, rien et moins que rien. J’évoque l’islam. Cela n’empêche pas quelques illustres personnages d’avoir traduit. (en copiant les autres)

          En prenant de la hauteur face aux pays musulmans et leur concept pseudo révélé, donner une étiquette de “religion” est absurde. Ce qui leur va bien c’est le concept de conquête par l’épée, la dissimulation, le mensonge et la violence sous-jacente prête à exploser pour les besoins de la cause.

          Lorsque l’on s’intéresse aux blogs, commentaires, sites, informations, éducations, la politique, la vie en musulmanie et aux actualités en direct aujourd’hui, on s’aperçoit que l’islam n’est que abêtissement, violence, sur les gamines, les femmes, les animaux tel le chien, bref, le concept est bien pourri. Il ne correspond en rien à un idéal de vie, qu’ils sont de plus en plus à refuser.

          Gygax est un idiot-utile, un niais, ces “travaux” n’ont aucune valeurs, si ce n’est peut-être, pour les musulmans voulant mieux comprendre leur folie politique issue du coran et autres torchons islamiques.

          La Liberté est universelle tout comme le bonheur, la Paix, le soleil et la lune.

          Ils n’ont rien compris à la vie puisque la majorité des croyants musulmans sont ou peuvent devenir des, fous de dieu, des criminels, des violeurs et autres uniquement en se référent aux bouquins en rien révélés.

          Une guerre mondiale contre l’islam aura lieu elle a déjà commencé, il faut s’y préparer pour les plus jeunes. Ca ne vient pas de l’Occident mais des adeptes.

  2. Un universitaire de plus à côté de ses pompes !
    Une analyse tirée par les cheveux, coupés en quatre pour nous dire que l’islam n’est pas l’islam.
    De l’onanisme intellectuel abscons.
    FS

    • « Le terrorisme n’est pas le jihâd et il contredit de manière fondamentale les enseignements de l’islam » ?
      Jérôme Gygax est-il vraiment historien ?! Il cite Muzammil Siddîqi (note 18 et non 17) ? On se demande si ce “chercheur” a bien lu le Coran et fréquenté les écrits sérieux sur le jihad ?
      Lamentable… pour ne pas dire plus !
      FS

      • Il parait que la nouvelle ministre en charge des universités en France veut mettre fin à la loterie du tirage au sort pour entrer à la faculté ou à l’université, pour passer à un mode de sélection plus sélectif !
        Concernant les intellectuels, professeurs, docteurs, agrégés, on se demande s’ils n’ont pas bénéficié d’un système proche de la loterie pour obtenir leurs titres universitaires…

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.