Avr 202017
 

L’Etat français a alloué 40 millions à la « déradicalisation », sans que l’on sache si tout a été dépensé. En tout cas, ce qui a été dépensé l’a été en pure perte, tout le monde le reconnaît aujourd’hui.  

Comment en est-on arrivé là ? Les facteurs de cette situation sont-ils intérieurs ou extérieurs à l’islam – ou les deux –? N’y a-t-il rien à faire sinon attendre en espérant que cela passe (et en se rassurant à bon marché : dans mon quartier, tout va bien) ?

D’abord, mesurer l’ampleur du problème. Il n’est pas français, il est mondial.

            En 2015, l’Etat jordanien lui-même a produit un dessin animé dans le but de prévenir les ados contre les dangers de la propagande islamiste.  Cette vidéo (sous-titres anglais) met en scène un garçon mal sans sa peau, à qui un site islamiste propose de prendre une revanche sur la vie. Voilà donc l’islamisme expliqué, à la sauce socio-psychologique.

             Le remède proposé est du même genre : le père dit à son fils de ne pas ajouter aux « crimes ; tant de jeunes gens en arrivent à croire ces sites webs ». C’est du « poison » qui se « cache derrière le manteau de la religion ». Notons en passant que c’est le web qui est tenu pour responsable et mis en accusation (il faudrait donc le censurer…), non des imams ou certains Etats (pétroliers).

Tel est aussi le discours de cette vidéo de déradicalisation française. Ajoutez-y quelques larmes factices sur les laissés-pour-compte, vous aurez le discours médiatique de toutes les autorités politiques et religieuses officielles d’Europe… ou d’ailleurs.

Un tel discours obligatoire ne « déradicalise » nullement, au contraire. Nier les motivations proprement religieuses de ceux qui adhèrent au terrorisme islamiste ne peut qu’enfermer ceux-ci dans leur vision des choses, d’autant plus qu’ils relèveront l’hypocrisie de ceux qui tiennent un tel discours. On l’entend en effet dans la bouche de politiciens qui n’hésitent pas à recourir eux-mêmes au terrorisme. Quand Erdogan retient des touristes néerlandais ou menace : « Demain, aucun Européen, aucun Occidental, ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde » (22 mars 2017), il agit en terroriste. Et on pourrait donner beaucoup d’autres exemples.

Nadia Remadna, présidente de la Brigade des Mères, qui a eu affaire à la cellule de déradicalisation en Seine-Saint-Denis, ne pense pas « que ce soit des centres de déradicalisation qu’il faut mettre en place mais travailler avec les écoles à partir de la primaire et faire un vrai travail de terrain ». Certes, mais pour dire quoi ? Que le jihadisme, « c’est pas bien » ? Que les islamistes sont tous des ratés ou des désaxés – ce qui est loin d’être le cas –? Ou encore que les jihadistes œuvrent en réalité pour des intérêts qui ne sont même pas ceux des musulmans, mais ceux de l’Arabie Saoudite et des pays qui y sont liés ? Ce dernier argument possède une valeur fortement « déradicalisatrice » car il touche aux motivations religieuses. Malheureusement, il est systématiquement omis, et ce n’est pas un hasard. Regardons cela de plus près.

Il est vrai que la valorisation personnelle joue un rôle dans l’enrôlement de jeunes dans toute entreprise de pouvoir – les officines atlantistes qui repèrent des étudiants et leur offrent des voyages aux USA le savent bien. Mais l’embrigadement islamique touche des rouages psychologiques particulièrement profonds, ceux de la dimension religieuse. Un jeune musulman a écrit sur un forum :

« Le jour où vous adhérez à l’Islam, vous aurez un cœur ouvert, votre savoir grandira, et vous serez en paix, à l’aise en pleine liberté, respectable. On vous récompensera dans ce monde et dans l’autre. Vous ne serez plus humilié, la nature vous défendra ».

Que le musulman soit récompensé au Ciel est une question qui dépasse les compétences de l’Etat ; elle regarde les musulmans eux-mêmes (qui en discutent car au regard du Coran, c’est loin d’être acquis) ; elle est également du ressort des chrétiens.

En revanche, l’espoir d’être « récompensé dans ce monde » regarde la société civile et donc tout Etat de droit. Car comment l’appartenance à un groupe déterminé vaudrait-il en soi un accès privilégié aux biens et aux pouvoirs de ce monde, sinon de manière frauduleuse ?

Proclamer que l’on est au-dessus des autres citoyens du fait que l’on servirait la Cause de Dieu (as-sabilu Llah) et que « l’islam est la solution » est une position anti-sociale, quel que soit le pays du monde où elle sévit. Claude Lévi-Strauss avait bien analysé cette position qui va jusqu’à « néantiser l’autre », écrit-il dans Tristes tropiques –  l’autre étant le non-musulman (qui ne devrait même pas exister).

Si l’argumentation proprement religieuse d’une telle croyance échappe à la compétence de l’Etat, tel n’est pas le cas des arguments théologiques qui, par définition, font appel à des justifications rationnelles. Et en particulier : est-il vrai que l’islam œuvre à une société meilleure ?

Malheureusement, la réponse apportée par les institutions des Etats occidentaux est très largement positive, et ce n’est pas un hasard qu’en France, « l’Education Nationale » ait été confiée à une franco-marocaine : la glorification de l’islam est instillée à tous les niveaux. En fait, les Etats occidentaux, profondément gangrenés, ne sont plus du tout une émanation de la société civile. Un demi-frère de l’ex-président Obama est le chef de l’organisation terroriste des Frères Musulmans du Kenya. Avant lui, la famille Bush, qui a fourni deux présidents aux USA, est des plus liées aux Ben Laden d’Arabie Saoudite. En Syrie, la collusion entre les forces US (armée et CIA) et les jihadistes n’est même plus discutable tellement elle est patente, ainsi que l’aide que  la Turquie et l’Etat d’Israël n’ont pas cessé d’apporter aux divers groupes jihadistes venus du monde entier. Et on pourrait multiplier par milliers de tels exemples, tant il est vrai qu’il n’existe pas un groupe terroriste dans le monde qui ne soit en lien avec l’un ou l’autre service secret occidental ou apparenté, et cela depuis que les services secrets anglais ont suscité les Frères Musulmans en Egypte dans les années 1920.

La question : « l’islam œuvre-t-il à une société meilleure ?» doit donc être posée autrement. Les jihadistes qui sont partis en Syrie pour tuer d’autres musulmans ne servent manifestement pas les intérêts des musulmans ; ils tuent et se font tuer au profit d’intérêts pétroliers et géostratégiques. La question est donc plutôt : « l’islam radical sert-il les intérêts de Dieu ou des intérêts contraires ?»

Et elle doit même être abordée en termes de rationalité théologique, puisque l’islam tient un discours argumenté affirmant son opposition au Mal et à l’Antichrist. L’Etat Islamique lui-même (appelé Daech dans les médias) disait mener le combat contre l’Antichrist : selon son discours, la bataille finale devrait se dérouler dans le nord de la Syrie, très précisément autour du village de Dabiq (conformément à une certaine tradition islamique) – d’où le titre de la revue de l’Etat Islamique : Dabiq. Notons que cette revue est essentiellement rédigée à Londres (autour du MI6). Est-ce donc Dieu que servent les jihadistes à qui l’on a fait croire que le gouvernement syrien, très majoritairement musulman sunnite (et dirigé par un Alaouite), est un instrument de l’Antichrist, ou est-ce l’avènement de celui-ci sur le monde qu’ils servent ?

Les Chrétiens d’Orient ne sont pas habitués à soulever cette question, car leur histoire est marquée par des oppressions et des génocides sans que des Etats occidentaux au service du mondialisme y soient pour quelque chose – mais c’est le cas depuis le génocide de 1915. Ils voient dans l’islam ses pires potentialités non sans raisons, mais il faut voir aussi et plus que jamais le fait que ces potentialités sont largement utilisées aujourd’hui par le projet mondialiste impliquant la disparition des Etats et des nations (comme la Syrie justement) par le moyen du « chaos constructeur » – selon l’expression utilisée aux USA. Pour le dire en une phrase un peu réductrice mais à deux niveaux, l’islam radical sert à détruire le monde.

Tel serait le message à faire passer culturellement, et il détourne radicalement du jihadisme. Le paradoxe est ici : la « déradicalisation » est à portée de main, mais les pouvoirs en place en veulent-ils ? Si l’Etat français hollandien a alloué des sommes destinées à « déradicaliser », c’est dans un but comparable à celui du déploiement de militaires dans les lieux publics – un déploiement qui ne sert à rien sinon à enfumer les citoyens. On ne peut pas à la fois être l’allié des terroristes invités en grande pompe à Paris et « déradicaliser » des « jeunes » dont on attend précisément qu’ils deviennent des terroristes.

 Posted by at 6 h 53 min

  One Response to “Edouard-Marie Gallez – «Déradicaliser les islamistes»: vraiment?”

  1. Y a-t-il encore au sein de la classe politique française des “responsables” qui écoutent un tel discours et agissent en conséquence? Ou bien, sont-ils tous vendus à l’islam, aux représentats de l’islam tant modéré que radical? Il est déplorable d’affirmer que les musulmans et leurs mentors ont bien compris comment dompter, allécher, asservir, exploiter et anesthésier la classe politique.

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)