Mar 282017
 

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Le père Henri Boulad est né à Alexandrie en 1931. Il est issu par son père d’une famille syrienne chrétienne qui vivait à Damas depuis des siècles et qui a dû fuir vers l’Egypte lors de massacres perpétués contre les chrétiens en 1860 au cours desquels 20.000 chrétiens ont été tués. En 1950, Henri Boulad entre à l’âge de 19 ans au noviciat des jésuites à Bikfaya au Liban. De 1952 à 1957, il vit en France ou il fait une formation littéraire à Laval puis en philosophie à Chantilly, au cours de laquelle il découvre Teilhard de Chardin. Après un cycle d’études théologiques de 1959 à 1963 au Liban, il est ordonné prêtre en 1963. En 1965, il obtient un doctorat en psychologie à l’université de Chicago. Revenu dans son pays en 1967, il devient supérieur religieux des jésuites d’Alexandrie, puis provincial des jésuites du Proche-Orient, et enseigne la théologie au Caire. Il est fortement engagé au service des déshérités, chrétiens et musulmans. En 1982 puis une nouvelle fois en 1996, il est décoré par la France pour son œuvre éducative et son engagement auprès des plus démunis. Cet engagement se poursuit jusqu’à aujourd’hui avec notamment son implication dans Caritas.

Au mois de mars 2017, le père Henri Boulad a passé deux semaines en Hongrie où il a donné deux retraites spirituelles et plusieurs conférences sur différents sujets. A l’occasion de ce séjour, il a reçu la nationalité hongroise et a rencontré le premier ministre hongrois Victor Orban.

Dans cet entretien, le père Henri Boulad explique ses motivations pour avoir demandé la nationalité hongroise, donne sa vision de l’Europe et de l’Islam, et adresse un message aux chrétiens européens et aux Français.

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Propos recueillis par Philippe Pellet [1]

Vous venez d’acquérir la nationalité hongroise. Quelles ont été vos motivations ?

Tout a commencé le mois dernier par une visite du vice premier ministre hongrois pour me remettre de la part du premier ministre Victor Orban une décoration et une invitation à venir en Hongrie. Lors de cette visite, le vice premier ministre m’a demandé si j’avais un désir quelconque, l’idée m’est alors venue de demander la nationalité hongroise… Il faut savoir que depuis des années – je me rend fréquemment en Hongrie depuis 1992 – j’aime le peuple hongrois par sa profondeur, son enracinement chrétiens, sa conviction et son attachement à des valeurs humaines. Les Hongrois m’apprécient aussi, la Hongrie est le pays où le plus grand nombre de mes livres ont été traduits.

Je trouve que Victor Orban est très courageux par sa position pour sauver l’héritage de son pays et de l’Europe face à cette immigration folle vers l’Europe. Comment se fait-il que l’ensemble des pays européens soient dans une toute autre direction ? Les raisons sont surtout idéologiques – cela n’a rien à voir avec l’Evangile ni l’accueil de l’étranger – idéologie libérale qui consiste à tout accepter et qui dissout toutes les identités par le multiculturalisme et la mondialisation. La Hongrie n’est pas tombée dans ce piège.

Je ne savais que Victor Orban me connaissait et avait lu mes livres. Lorsque nous nous sommes rencontrés le 16 mars dernier, Il m’a dit : travaillons ensemble, on peut faire quelque chose ensemble. Jamais je n’avais pensé à cela. Je me suis donc dit : une porte s’ouvre, c’est providentiel. Victor Orban et moi partageons la même vision, nous pouvons ensemble imaginer une autre Europe et réfléchir à quelle stratégie mettre en place pour l’orienter dans une autre direction que celle où elle est en train de sombrer. Je crois que ce petit pays de 10 millions d’habitants qu’est la Hongrie peut faire basculer l’Europe, et il est en train de la faire basculer, et j’ai l’intention de m’y investir !

Quel sentiment cela vous procure-t-il d’être devenu hongrois ?

Ce n’est pas uniquement d’ordre sentimental, c’est beaucoup plus profond. Car au-delà de l’obstacle de la langue que je ne connais pas et que je connaîtrai sans doute jamais, il y a une communion des valeurs, un sentiment que nous sommes sur la même longueur d’onde, que nous pensons la même chose. Je dirai donc que cette nationalité concrétise ma sympathie et empathie spontanée avec le peuple hongrois dans lequel je sens une sincérité profonde, une honnêteté.

Je ne crois pas au hasard, je crois à la Providence. Le fait que Victor Orban m’ait envoyé jusqu’à Alexandrie son vice premier ministre pour m’inviter, c’est un signe de Dieu, je le prends comme tel. Et tant que le Seigneur me donne un peu de santé et une tête qui fonctionne assez bien, je veux m’investir ! Il n’y a pas une minute à perdre, nous sommes devant des enjeux énormes. Et donc c’est au-delà du sentiment, c’est pour moi une obligation, un devoir, c’est un signe donné par Dieu qui me dit : engage-toi, j’ai besoin de toi. Moi qui ne suis rien, qui vient d’Egypte, qui ne connait pas la langue, et bien pourquoi pas. Puisque le Seigneur m’ouvre une porte, j’entre !

[1] Philippe Pellet est franco/hongrois, marié et père de cinq enfants, installé en Hongrie depuis 2005 après avoir vécu en France.

 Posted by at 23 h 23 min

  13 Responses to “Père Boulad : « Le petit pays qu’est la Hongrie peut faire basculer l’Europe, et j’ai l’intention de m’y investir ! »”

  1. Surprenant, courageux, rien à voir avec les tordus du vatican et d’ailleurs.

    • C’est la différence qu’il y a entre quelqu’un qui sait de quoi il parle et les autres. On devrait en effet, pour éclairer quelque peu le Vatican, expatrier tous ses citoyens pendant une année au Caire pour les mettre au parfum ! Après, on en recause…

    • Je suis entièrement d’accord avec vous, Noël. (Comme quoi ça arrive 😉 )

      J’ai un immense respect pour le Père Boulad, pour son courage et son franc-parler, et je trouve que cette invitation de Viktor Orban est une excellente nouvelle. Le message d’Henri Boulad, qui sait de quoi il parle, va se diffuser en Europe. Du moins dans l’est de l’Europe, les pays du Groupe de Visegrad ; dans l’ouest de l’Europe, avec les media qu’on a, c’est moins sûr…

  2. Lâchez le Vatican , un peu !

    Le Père Boulad et les autres qui se déclarent du même avis ont-ils été excommuniés ? Tancés ? Ont ils reçu un blâme ?
    Non ?
    Alors ?
    Ne me dites pas que face aux caciques de l’islam qui emploient un double langage vous êtes surpris que le Vatican emploie la même méthode ?
    Vous croyez une seconde que le Vatican ignore ce qui se passe ?
    Vous voulez quoi ?
    Une vraie guerre de religion organisée et des batailles rangées entre chrétiens et musulmans pour que les massacres de chrétiens d’ Orient redoublent ?
    Le Vatican a des politiciens retors qui savent très bien ce qu’ils font , et avec sûrement plus de responsabilités que des pékins refaisant le monde le cul sur une chaise bien confortable…( dont je fais partie ! )
    Commencez donc par votre pays, et faites des propositions concrètes que je n’ai encore vues nulle part dans vos commentaires, si ce n’est ” l’islam est le cancer du monde ! ” , ce avec quoi tout le monde est d’accord , mais qui ne résout aucun problème.

    • Il faut reconnaître, cependant, que l’influence de Louis Massignon sur le concile hérétique de Vatican II fut affreusement néfaste, nonobstant le talent et l’intérêt d’un personnage perclus de romantisme orientaliste et de désir pour les jeunes garçons musulmans. L’époque voulait du libertaire ; elle l’a eu… La nôtre réclame un sérieux aggiornamento ; faisons-le. Cela m’embête mais Noël n’a pas toujours tord. Je préférerais que ce soit le cas.

      • Merci Theo, votre commentaire est juste.

        • Si vous cessez de qualifier les chrétiens de “zinzins”, nous trouverons sans doute de précieux points d’accord. Vous aussi vous avez besoin d’un aggiornamento. Chacun de nous a le devoir de se remettre en cause. Faisons-le !

          • Lu et approuvé !

            C’est vrai, pour une fois que tout le monde trouve un terrain d’entente ! On lutte tous en priorité contre le même ennemi, après tout. 🙂

            Merci à Théo et à Noël, ça fait du bien, et même si on sait contre quoi on se bat, on a besoin de réconfort moral de temps en temps, et sentir ce qui nous unit plus que ce qui nous divise fait toujours plaisir.

      • J’ignorais que Massignon avait influencé Vatican II. Mais c’est vrai que quand on voit le résultat…

        On peut dire que tout le monde peut se tromper : on sait que le futur Benoît XVI avait été un participant enthousiaste de Vatican II. Il a dû bien le regretter par la suite, et se dire que l’enfer était pavé de bonnes intentions !

        Là où je vous rejoins, Noël, c’est qu’à partir du moment où la religion sort de l’esprit intime du fidèle et se met à vouloir créer une organisation sociale, la raison fout le camp (c’est valable pour les “religions” athées comme le communisme ou le nazisme). En l’occurrence pour la religion catholique, autrefois c’était le conservatisme, puis ça a été ce qu’on appelle le progressisme, mais dans les deux cas, le résultat n’a pas été brillant.

        Un jour il faudra qu’on s’occupe ici du luthérianisme, du calvinisme, de l’orthodoxie et du bouddhisme. Je connais trop mal le zoroastrianisme, et pour les paganismes et animismes divers et variés, je vous laisse les clefs, Noël, vous êtes plus compétent que moi.

        Restent les lecteurs d’horoscopes, les diseuses de bonne aventure, les wiccas et les néo-celto-paganistes… Ca fait du monde ! Pourquoi l’être humain a-t-il donc besoin de tout ce fatras ?

        • Lire “Les formes élémentaires de la vie religieuse” d’Emile Durkheim vous donnerait des réponses.

          • Oui… Je vous avoue que c’est plutôt par obligation et esprit de survie que je m’intéresse aux religions depuis quelques années.

            Je suis davantage passionné par l’histoire, entre autres.

            Ceci étant dit sans aucune acrimonie contre les gens qui croient en Dieu sans emmerder personne, comme c’est votre cas si j’ai bien suivi tous les échanges sur ce blog.

            C’est quand même curieux que les fidèles d’une religion en particulier (en dehors de la secte Aum, du Temple solaire et autres petites sectes) soient BEAUCOUP plus emmerdants que les autres… 🙁

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