Avr 032014
 

Quelques notes rapides à propos des travaux de Dan Gibson, l’auteur de Qur’anic Geography, qui tente de démontrer que les descriptions de La Mecque figurant dans le coran et la fable du prophète dépeignent en fait une autre ville, un autre endroit, dans une autre région.

À l’origine, Gibson a été rendu attentif à l’aspect étrange de ces descriptions par les remarques de pèlerins déçus au retour de leur hajj à La Mecque. Par rapport à leur imaginaire, fondé sur la lecture du coran et des hadiths, les montagnes leur avaient paru trop petites, les distances et les terrains bizarres. Ce spécialiste de la culture arabe ancienne a alors creusé le sujet.

Le coran ne parle pas clairement d’une «ville de La Mecque». La seule mention de La Mecque y est celle d’une «vallée (ou région) de La Mecque». Le coran parle aussi d’un endroit nommé Bakka (3.96: La première Maison qui a été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakka) dont les musulmans estiment qu’il s’agit de La Mecque. Mais une “faute de frappe” dans le coran?  Bakka signifie les pleurs, ou la tristesse, et signale ainsi plutôt un endroit qui aurait subi une catastrophe. Une vallée de larmes.

Le coran qualifie aussi la ville sainte de «mère des cités» (6.92), un titre que ne mérite guère qu’une ville très ancienne. Or, depuis la sortie de l’ouvrage de Patricia Crone «Meccan Trade and the Rise of Islam», en 1987, chacun peut savoir que La Mecque n’existait pour ainsi dire pas du temps du prophète. La ville ne figurait sur aucune carte de géographie, n’était mentionnée sur aucune inscription, les clients des fameuses caravanes qui auraient transité là n’ont semble-t-il jamais pris note de son existence et on n’a jamais trouvé de vestiges archéologiques sur place signalant la présence d’une ville vraiment ancienne.

La notion de «vallée de la Mecque» est également problématique. Là où le coran mentionne «La Mecque», au verset 48.24, il utilise un terme équivoque, qui peut désigner une vallée ou un lieu-dit, mais au verset 14.37, sans mentionner La Mecque, il parle clairement (en arabe dans le texte), d’une vallée (wadi), près de la «maison sacrée», où aurait vécu Abraham, que tous les exégètes s’accordent à situer à La Mecque. En outre, plusieurs hadiths parlent d’une «vallée de la Mecque», d’une «vallée» qui devait se trouver à La Mecque du temps d’Abraham et d’un cours d’eau au sein de la ville. Or géographiquement, il n’existe pas de vallée de La Mecque – l’endroit ne se situe pas dans une vallée (la plus proche est à 10-15 km) et aucun cours d’eau n’y a jamais coulé.

Les montagnes de La Mecque et leur emplacement sont troublants. Plusieurs hadiths parlent ainsi d’un rite situé entre deux montagnes, Safa et Marwah. Ce rite commémore une péripétie de l’histoire de Hagar, une femme d’Abraham et la mère d’Ismaël, qui aurait exploré l’endroit à la recherche d’aide pour son enfant mourant de soif, car le cours d’eau qui passait là s’était asséché. Elle aurait escaladé Safa pour observer «la vallée» puis aurait couru dans la vallée (avec peine) et escaladé Marwah, pour chercher quelqu’un du regard. D’autres hadiths décrivent ces montagnes comme assez hautes pour permettre de voir loin à la ronde et le parcours les séparant comme assez ardu. Mais les «montagnes» Safa et Marwah de La Mecque sont si minuscules qu’elles sont aujourd’hui incluses dans l’enceinte de la grande mosquée.

Une série de hadiths décrivent La Mecque comme une ville possédant une partie haute et une partie basse, avec un «thaniya» en haut et un autre en bas, donnant directement accès à la ville. Un «thaniya» est un passage étroit entre des montagnes, une sorte de fissure dans la roche. L’un de ces passages est censé arriver d’un défilé de canyons, un passage long, tortueux, difficile. Or La Mecque d’Arabie Saoudite n’a ni partie haute ni partie basse ni thaniya, ni défilé de canyons à proximité.

La Sira d’Ibn Ishaq évoque «les vallées» ou «les vallons» de la Mecque et en désignent deux types d’herbes. Mais aucune herbe n’a sans doute jamais poussé à La Mecque de l’époque.

L’historien Tabari nous dit que le (futur) père de Mahomet, aurait une fois dû prolonger ses ablutions pour laver les traces de glaise sur ses vêtements (peu avant de concevoir le prophète). Le terme arabe utilisé désigne spécifiquement une terre arable. Or personne n’a jamais entendu parler ou retrouvé des traces archéologiques de terres cultivées à La Mecque.

Un hadith recueilli par At-Tirmidhi nous apprend que les montagnes et les arbres ne manquaient pas de saluer le prophète sur son passage dans les différents districts de La Mecque. Ibn Ishaq aussi croit savoir que La Mecque possédait de l’eau et des arbres, que les Mecquois auraient même hésité à couper dans l’aire sacrée. Or on ne trouve aucune trace de «districts» dans La Mecque ancienne, bien trop petite, et la présence d’arbres peut être prouvée aisément grâce aux spores et au pollen restant dans le sol – et ici aussi, aucune trace.

Un hadith de Bukhari nous dit qu’un homme mangeait du raisin à La Mecque alors que ce n’était même pas la saison. Il y aurait donc eu des vignes dans les environs. Or dans le Hedjaz, ce n’est guère concevable.

Des divers récits de la vie de Mahomet, nous pouvons déduire que La Mecque était une grande ville, capable de fournir des milliers de soldats en armes et d’abriter des milliers de chameaux à la fois. Mais selon les vertiges archéologiques, il s’agissait d’un petit village dans un environnement très ingrat.

Enfin, il y a le séjour d’Abraham à La Mecque, dans le Hedjaz, en plein désert d’Arabie, au Sud. Un séjour dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant. Les textes juifs qui décrivent la vie d’Abraham n’en disent rien, et personne n’en a contesté la validité. Bien sûr, il est possible qu’Abraham soit tout de même allé dans le Hedjaz pour créer la Kaaba. Si dieu le dit, qui sommes-nous pour le contester? Mais justement, dieu, dans le coran, ne prend pas la peine de préciser qu’Abraham a créé «la Maison» à La Mecque. Pas un mot. Les musulmans ont pris l’habitude d’ajouter «La Mecque» entre parenthèses, mais le texte original ne nomme pas l’endroit. Pour ce que nous en savons, le séjour d’Abraham en Arabie était un véritable scoop, et on aurait pu s’attendre à ce que l’événement soit dûment confirmé par le coran. Or celui-ci mentionne ce passage comme si la chose était connue de tout temps. Les versets: 2.125-127 et 3.95-96.

Sur cette base, Gibson a cherché un endroit qui pourrait correspondre à ces descriptions. Et il l’a trouvé: Pétra, en Jordanie.

À suivre.

  3 Responses to “La Mecque du prophète ne ressemble pas à celle des musulmans”

  1. lol

  2. […] voir aussi Si Mahomet a existé, il est né à Pétra et non à La Mecque | La Mecque du prophète ne ressemble pas à celle des musulmans | Géographie coranique: Enquête et évaluation des références géographiques dans le […]

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