Jan 302014
 

Dans le cadre d’un échange de courriels personnels, j’ai eu à examiner un ouvrage de Michel Orcel, “L’invention de l’islam — Enquête historique sur les origines” qui passe en revue les éléments permettant de confirmer l’existence historique du prophète de l’islam. Voici ma présentation de son ouvrage, qui suit simplement le fil de la lecture, et ma réfutation. Les citations de son ouvrage sont en italiques.

Michel Orcel constate que, depuis une trentaine d’années, divers travaux ont tenté de remettre en question le caractère historique de Mahomet et entreprend d’analyser d’un œil critique le bien-fondé des thèses en question. Il commence par admettre que la question peut sembler légitime (page 13):

La science laïque ne saurait se satisfaire d’un récit que n’étayent point de solides preuves. Or l’existence de Mahomet n’est avérée par aucun témoignage archéologique ou épigraphique et, comme nous allons le voir, c’est à une date très tardive qu’a été compilée la biographie officielle du prophète. La question du « silence archéologique » qui entoure la naissance de l’islam (de l’Hégire, en 622, à l’érection du Dôme du Rocher à Jérusalem, en 691-692) est au cœur de notre enquête, tout comme la quasi-absence de sources littéraires musulmanes sur la vie du fondateur avant le VIIIe siècle de notre ère.

Mais il entend défendre l’historicité du prophète de l’islam et a réuni dans cet ouvrage, à quelques exceptions près, tout le matériel permettant d’y parvenir. Ainsi, il commence par exposer les traces non musulmanes, mais d’époque, du passage de Mahomet sur cette terre. Les voici:

Citation de la Doctrina Jacobi: sorte de conversation romancée entre des juifs de Carthage parlant du messie chrétien et du prophète des Arabes, qui vivrait armé, irait d’effusions de sang en effusions de sang et possèderait les clés du paradis. Orcel estime que c’est un texte de propagande chrétien non objectif. La chose doit avoir été rédigée entre 634 et 640, mais laisse entendre que le «prophète  des Sarrasins» est toujours actif. Orcel juge que cette différence de deux ans (en fait deux ans au strict minimum) entre la mort supposée de Mahomet (632) et ce récit est négligeable, au point même de confirmer l’exactitude de la biographie officielle du prophète.

Chronique syriaque de Thomas le Presbytre: on parle ici brièvement de ce qu’Orcel traduit par «les Arabes de Mahomet» (mhmt) qui auraient combattu les Romains en 634. Le texte rédigé en 640 ne précise pas non plus que Mahomet était censé être décédé à l’époque des faits.

Autre source chrétienne, et en fait la seule source littéraire sur Mahomet: une vingtaine de lignes datées de 660, dont on ignore l’auteur et dans lesquelles il est question d’un enfant d’Ismaël nommé Muhammad qui ressemble beaucoup au prophète de l’islam. Le texte le dit marchand devenu prédicateur, très instruit, très versé dans l’histoire de Moïse, qui pousse les Arabes à revenir au culte d’Abraham, à ne pas manger de charogne, ne pas boire de vin, ne pas mentir et ne pas forniquer.

Mais ce passage s’inscrit dans un certain contexte, celui de juifs qu’on incite à solliciter l’aide des Arabes, considérés ici comme des «parents d’après la bible». De toute évidence, l’auteur de ces lignes n’a pas les mêmes sources que les musulmans traditionnels. Selon la fable musulmane, les Arabes de l’époque avaient éradiqué la présence juive d’Arabie longtemps avant la rédaction de ces lignes. Orcel, plus loin, souhaite croire que l’effort musulman constituait un retour aux sources du monothéisme judaïque, donc amical envers les juifs, mais en 660, quels juifs de la région pouvaient encore le croire, si la fable musulmane est correcte?

Source anonyme nestorienne plus tardive (Orcel avance 660-670): on raconte ici les misères des Perses contre les Arabes (aussi nombreux que les sables au bord de la mer), dirigés par un Muhammad. Mais une nouvelle fois, Mahomet, le prophète, n’est pas censé avoir dirigé les attaques en Perse, qui ont commencé en 637, cinq ans après sa mort supposée. Autre aspect intéressant de ce texte: on y parle de la «coupole d’Abraham», qui aurait été bâtie dans un lieu isolé et qui existerait encore. L’auteur suppose que la chose est à Médine (au lieu de la Mecque, qu’il ne mentionne pas).

Dernier indice: les Secrets de Rabbi Siméon ben Yohay. C’est l’histoire, contée au VIIe siècle, d’un rabbin qui vivait au IIe siècle et à qui un ange annonce la venue d’un prophète arabe, qui répandra la terreur et libérera les Arabes du joug byzantin. Orcel y voit «un nouveau témoignage de l’espoir que mirent les juifs dans l’apparition du prophète de l’islam».

Orcel envisage l’hypothèse judéo-nazaréenne, c’est-à-dire l’origine de l’islam dans un christianisme non trinitaire et mêlé de judaïsme. Ces gens se réclamaient d’un «évangile aux Hébreux» qui a disparu, comme celui (de Jésus) dont parle le coran. Il fait le parallèle entre la haine des non-trinitaires contre les chrétiens alors «officiels» et la haine des musulmans contre les «associateurs», assimilés aux chrétiens de Rome (trinitaires). Il semble en effet que la doxa musulmane ressemble plus à celle des non-trinitaires qu’à n’importe quoi d’autre.

Il évoque ensuite les manuscrits de Sanaa, décrit les circonstances de leur découverte, met les déboires de ces recherches (entretemps interrompues) sur le compte de l’impudence du spécialiste allemand qui a pu examiner les manuscrits au Yémen, et en étudie les implications pour l’histoire officielle de la rédaction du coran, qu’il rappelle et commente. Il confirme ici qu’il n’existe aucune version du coran d’Othman (dont il aurait dû exister quatre ou sept copies, outre l’original) et ne semble rien savoir non plus sur ce qu’il leur est arrivé. Je relève ici qu’on a des indications tardives sur des versions non approuvées du coran qui auraient été détruites au Xe siècle, mais on n’a de traces du coran d’Othman qu’à travers les faux conservés à Tachkent, Istanbul et ailleurs.

À la page 57, il écrit: (…) le témoignage le plus ancien que nous ayons d’un dialogue théologique entre un chrétien et un musulman (ou plutôt un « Agarien », le terme « musulmans » étant apparu plus tard). Le dialogue en question est censé avoir eu lieu en 644. Pas encore de «musulmans» en 644, donc.

Il mentionne également quelques éléments littéraires troublants sur la nature du coran: un récit de 720 selon lequel il aurait existé à l’époque (donc sans doute quelques années avant 720) un «coran» et une «surat-al-Baqarah», séparée, ceci alors que cette sourate (la vache) est la deuxième et la plus grande du coran actuel; un texte très incertain qui attribue au contenu du coran un épisode qui ne s’y trouve pas; et un texte du IXe siècle indiquant qu’un ministre d’Abd al-Malik (calife omeyyade basé à Damas, au pouvoir de 685 à 705) aurait profondément transformé le texte du coran, ajoutant et retranchant des versets, notamment relatifs aux membres de certaines communautés, et en aurait fait réaliser six exemplaires qu’il aurait fait envoyer en Égypte, à Damas, à Médine, à la Mecque, à Kufa et à Basar. Les (faux) corans d’Othman? Orcel ne consacre aucune réflexion à cette question.

Orcel rappelle que le coran ne dit pratiquement rien sur sa propre histoire et celle de Mahomet.

Il parle aussi d’histoires concurrentes de la création du coran mais dont l’authenticité est du même niveau que celle des hadiths. Dans le même style, il parle de l’abrogation et des hadiths suggérant que Mahomet aurait parfois oublié des versets.

Il aborde la question de la Mecque et signale que les doutes sur la simple existence de la Mecque comme centre cultuel et commercial ont été lancés d’abord par Patricia Crone en 1987. Elle suggérait que la réputation de la Mecque a été entièrement construite par l’historiographie musulmane. Orcel indique qu’elle serait revenue ses ces déclarations depuis lors. En fait, elle n’est «revenue» que sur un point, en 2008 dans un tout petit texte qui a été copié indéfiniment sur le web depuis lors, et qui affirme que l’existence du prophète des Agariens est indéniable:

 There is no doubt that Mohammed existed, occasional attempts to deny it notwithstanding. His neighbours in Byzantine Syria got to hear of him within two years of his death at the latest; a Greek text written during the Arab invasion of Syria between 632 and 634 mentions that “a false prophet has appeared among the Saracens” and dismisses him as an impostor on the ground that prophets do not come “with sword and chariot”. It thus conveys the impression that he was actually leading the invasions.

Il passe ensuite à la thèse de Crone sur la Mecque en reconnaissant qu’elle a raison de dire que la Mecque et les Qoraïchites, censés y régner selon la fable musulmane, étaient totalement inconnus des auteurs anciens, mais il estime que cela ne prouve rien. D’autre part, il conteste les réfutations de Crone d’affirmations basées sur des textes plus anciens (il y aurait eu des Qoraïchites, mais ailleurs en Arabie). Il estime notamment possible que les Qoraïchites se soient installés à la Mecque sans qu’aucune trace historique n’en ait été conservée.

Il répète volontiers que les critiques de l’islam sont dues à l’islamophobie, à une aversion, qu’il n’explique pas, contre une religion qu’il semble trouver sans malice. Il s’associe à la thèse selon laquelle le wahhabisme serait une expression quasiment étrangère à l’islam traditionnel. Ainsi, il évoque le XVIIIe siècle et la frénésie des Arabes destructeurs de lieux de culte, mais sans rappeler qu’il s’agissait là de l’une des occupations favorites du prophète de l’islam, selon la fable. Il dit des choses sur les wahhabites comme «(…) maniant l’anathème contre tout musulman ne s’accordant pas à sa conception de l’islam – ce qui est rigoureusement contraire au dogme sunnite, lequel, hors des cas tombant sous le coup de la charia, se contente de la profession de foi du croyant, laissant à Dieu le soin de juger les actes et les intentions.»

Tout est dans le «hors des cas tombant sous le coup de la charia», je suppose. De fait, al-Nawawi, Mawardi, Al-Misri, Ahmad, Ishaq, Ibn Mubarack, Malik, Shafi, Abu Hanifa et Averroès, pour ne mentionner que ceux que je connais un peu, approuvent tous la peine de mort pour celui qui ne veut pas prier. Par exemple. Et aucun de ces sunnites n’est wahhabite. Mais Orcel explique par ce biais les excès des musulmans modernes. Il insiste longuement sur les wahhabites, en explique les origines idéologiques (Ibn Hanbal au IXe siècle, fondateur de l’école hanbalite, et Ibn Taymiyya au XIVe siècle) et tente d’exclure les motivations religieuses des causes des excès.

Après ce détour, il revient sur la thèse de Crone et étale la question avec d’anciens textes confirmant que les «musulmans» priaient un peu dans tous les sens et nous prie de croire, en substance, que c’est normal car ils étaient encore peu érudits et «qu’il existait en Arabie centrale diverses Kaaba, dont certaines avaient été construites pour rivaliser avec celle qui était destinée à devenir le centre religieux du monde musulman!» Puis il nous parle de la découverte d’un monument semblable à la Kaaba au Yémen. Il évoque des témoignages très antérieurs aux faits qui nous occupent suggérant que les Arabes adoraient une pierre quadrangulaire dans des temps anciens et mentionne ici d’ailleurs la Kaabou de Pétra, en Jordanie. Ce qui est très intéressant quand on connaît les travaux de Dan Gibson, qui a étudié l’orientation des mosquées des VIIe et VIIIe siècles et qui en déduit que les premières mosquées pointaient vers Pétra (voir http://searchformecca.com). Orcel n’en parle pas. Il continue en évoquant des Kaaba d’autres formes – coupoles, tentes. Il rappelle aussi que les Omeyyades ont fait détruire et reconstruire la Kaaba de la Mecque dans les années (680 et) 690, lui donnant alors la forme que nous connaissons depuis.

Il revient ensuite à la fable, selon laquelle le prophète Mahomet aurait d’abord prié vers Jérusalem (avec les juifs) puis aurait décidé que la qibla serait à la Mecque. Il nous parle d’une théorie de linguiste suggérant que le temple de la Mecque aurait été créé par des Israélites, alors non monothéistes, du temps de David. Il examine les théories sur les motivations de Mahomet pour changer la qibla (rejet par les juifs de Médine). Il parle du caractère idolâtre de l’adoration de la pierre noire de la Mecque, veut trouver des traces de paganisme dans le culte musulman, afin de contrer certaines thèses révisionnistes affirmant que l’histoire des Arabes de l’époque se résumait à un conflit entre monothéistes, et évoque divers aspects des rites du hajj.

Il aborde ensuite les premières mosquées de Jérusalem, qu’il nous dit conquise sans violence, presque dans la liesse, sur la base d’un traité de paix, par les troupes du calife Omar. Il détaille des récits choisis, en fait un événement surtout religieux, presque une réconciliation, une libération. Je rappelle qu’il est commun dans l’islam de croire que dieu aurait transporté Mahomet de la Mecque à Jérusalem puis au ciel. Le coran en parle au verset 17.1, en disant que dieu a transporté Mahomet de la mosquée sacrée (donc à la Mecque) à la mosquée al-Aqsa (ce qui signifie «la plus lointaine»). Mais la mosquée al-Aqsa de Jérusalem n’a été bâtie qu’au VIIIe siècle. Il n’y avait pas de mosquée à Jérusalem quand Mahomet a été transporté par dieu (en 621 selon la fable). Orcel suggère que l’association entre la mosquée al-Aqsa mentionnée par le coran et la mosquée du même nom à Jérusalem n’a été établie que bien plus tard (ce qui est douteux, vu la similitude des désignations) et qu’en fait, Jérusalem était très importante pour les musulmans (ou plutôt les Agariens) en raison de leurs racines communes avec les juifs. Il estime que l’islam veut rétablir, restaurer le modèle de croyance abrahamique et que c’est là la source de sa fascination pour Jérusalem et son Rocher. Il aurait pu dire aussi que le coran, en parlant de «mosquée la plus éloignée» (al-Aqsa), désignait en fait bel et bien le Rocher des juifs, un lieu de culte par excellence pour des gens qui voulaient renouer avec les racines abrahamiques.

Il dit que la date d’achèvement (691-692) du Dôme et son ampleur en termes de planification et de réalisation indiquent que le projet devait avoir été entamé avant l’arrivée au pouvoir de Malik (685) et que les Omeyyades voulaient depuis longtemps instaurer un centre cultuel à Jérusalem. Mais il réfute sèchement la thèse (d’inspiration chiite) selon laquelle les Omeyyades auraient voulu remplacer la Mecque par Jérusalem en bâtissant le Dôme. Certes, la guerre faisait rage, alors, entre la Mecque et Damas, mais Malik aurait toujours tenu à faire le hajj à la Mecque (il faut dire qu’il en était originaire). Il parle d’un discours prononcé à Médine par Malik louant les gens de la région et «leur» coran, précisant qu’il s’agit du coran d’Othman. Je ne pas sûr que cela soutienne vraiment sa position (Médine n’est pas la Mecque), mais peu importe. Il décrit le Dôme du Rocher avec une touche de lyrisme. On le sent ému: «Si proches et si puissants qu’aient pu être les modèles de son plan, le Dôme du Rocher s’en distingue par l’exceptionnelle beauté  de ses proportions géométriques et la force avec laquelle sa structure typiquement chrétienne se fait musulmane (…).» Il consacre plusieurs pages à sa description: les formes, les éléments architecturaux, la symbolique, la rythmique, l’aspect numérologique, l’évocation des grands prophètes juifs, les mosaïques, … avant de passer aux inscriptions.

Il note que les inscriptions du Dôme sont «les premières épigraphes officielles de l’histoire de l’islam» et figurent parmi «les premiers fragments écrits du coran canonique». Il nous renvoie à islamic-awareness.org (une excellente source d’informations sur les origines de l’islam au demeurant) pour admirer la chose et nous traduit toutes les inscriptions intérieures. Je reprends ici les passages significatifs :

Ô gens du livre, n’exagérez pas dans votre religion et ne dites sur Dieu que la vérité. Le messie, Jésus fils de Marie, n’était qu’un messager de Dieu. (…) Et ne dites pas « Trois ». Cessez ! Cela vaut mieux pour vous. (…) Il ne convient pas à Dieu de se donner un fils. (…) Quiconque ne croit pas aux révélations de Dieu, en vérité Dieu est prompt à lui en demander compte.

Il s’agit essentiellement, au niveau du message, du verset 4.171 du coran, qui attaque le trinitarisme (le christianisme devenu standard). Orcel veut y voir la manifestation de la volonté, encore une fois, de revenir aux sources du judaïsme, à la sacralité originelle (donc juive) du rocher, et à la condamnation de la nouveauté chrétienne (le fils de dieu qui transforme le message biblique, abolit le talion, etc.).

Orcel note tout de même que si les inscriptions sont de toute évidence d’inspiration coranique, elles sont «aménagées» (plus précisément: «variations mineures, juxtapositions, changement de sujet grammatical, etc.»). Il n’y a pas correspondance exacte entre le texte coranique et ces inscriptions. Pourquoi? Orcel renvoie dos à dos ceux qui estiment que le coran était déjà fixé à l’époque et donc qu’on a dérogé à la doxa établie pour les inscriptions du Dôme, et ceux qui avancent que le texte coranique était alors encore en gestation. Il échappe à la question par une pirouette en citant Estelle Whelan, pour qui ces variations sont le signe que le coran était déjà si bien établi qu’on pouvait en tirer un digest pour la prédication. Hm. Pour ma part, je suis surtout frappé par le contenu sémantique et politique direct de ces inscriptions monumentales, donc de leur influence sur les gens de l’époque, et par l’apparent manque total d’intérêt d’Orcel pour cet aspect, disons, intolérant.

Orcel passe maintenant à la conclusion (page 155), qu’il exécute en quatre pages et demie. Il estime qu’en dépit de l’absence de source musulmane sur Mahomet avant 685-686 (d’autres diraient 690, en arguant que le premier mhmd était en fait un signe honorifique s’appliquant à un Arabe de l’époque, mais bon), les «éléments externes qui nous sont fournis par la littérature contemporaine ou immédiatement postérieure à la date officielle de sa mort forment un faisceau de témoignages portant à croire non seulement à son existence historique, mais aussi aux traits saillants du portrait que nous a transmis de lui la Tradition musulmane et au rôle normatif qu’il joua dans la naissance de la communauté originelle.»

Il estime également qu’«on peut tenir pour globalement crédible le récit traditionnel selon lequel une version canonique (du coran) aurait été établie et diffusée quelques années à peine après sa mort.» Ce qui serait plus solide que les bases du christianisme. En revanche, il donne de mauvais points à la biographie officielle et aux hadiths, dont il pense qu’un grand nombre ont été forgés.

Pour lui, l’existence de la Mecque est également suffisamment établie, quoique sans doute exagérée dans la fable musulmane. Mais il reconnaît l’existence de zones d’ombre et souligne les «points de contact dogmatiques entre le judéo-nazaréisme et la religion naissante». Il suggère en outre que «le Proche-Orient romano-chrétien s’est approprié sans mal et sans embarras les normes civilisationnelles du conquérant arabe, et [que] ce dernier s’est montré souvent moins barbare et prosélyte que le pouvoir byzantin (…)» Il termine sur «le beau modèle, dont, depuis des siècles, les spirituels ne cessent de chanter les louanges». Suivent un glossaire et une bibliographie.

* * *

Commençons par la Mecque. Là, nous sommes à peu près d’accord. Il existait un endroit nommé la Mecque, mais contrairement à ce que prétend la fable musulmane, il n’y passait guère de caravanes, le site était désolé, infertile, peu actif, et de fait personne ne mentionne l’endroit et ses habitants avant ou pendant la fable du prophète. Il y avait peut-être une Kaaba sur place, comme en maints autres endroits de la région, mais d’une forme non définie.

Ensuite le coran. On aura peut-être remarqué qu’Orcel ne dit rien des fragments de «coran» datés du VIIe siècle et que bien des musulmans actuels trouvent si importants. Il y a à cela je pense deux raisons: d’abord, les systèmes permettant de dater les fragments en question du VIIe siècle (il s’agit de relever de fines variations dans la graphie et de les attribuer à une certaine époque, voir ici pour plus de détail) sont fortement sujet à caution, très peu étayés, et critiqués même par des musulmans croyants convaincus. Nous avons ici l’adage voulant que «deux experts = trois opinions». Et la deuxième raison, c’est qu’il y a un problème fondamental majeur avec ces fragments qu’Orcel, sagement, préfère ne pas aborder du tout. À ce sujet, je cite un de mes commentaires sur ce site:

Depuis qu’il est établi que tous les corans d’Othman sont des faux, des fabrications réalisées des décennies au moins après la mort d’Othman, les musulmans cherchent inlassablement des manuscrits coraniques du VIIe siècle. Et ils ont trouvé pas mal de fragments de textes, dispersés, qui correspondent au contenu du coran. Ce qui conduit divers personnages à prétendre que la fable du prophète est tout de même correcte.

Ces gens oublient juste un détail: à quoi diable reconnaissent-ils que ces fragments du VIIe siècle font partie du coran? Ah oui, au fait que leur contenu correspond à celui du «coran d’Othman»… c’est-à-dire à ce que nous savons maintenant être une supercherie.

Les corans d’Othman, présentés pendant plus d’un millénaire comme la preuve que le coran est authentique parce qu’on pouvait consulter l’original, le coran d’Othman, du nom du calife qui en aurait réalisé la recension jusqu’en 656, et conservés en divers hauts lieux de l’islam, sont en fait tous des faux, réalisés bien plus tard. C’est maintenant un fait historique.

Dès lors, les fragments antérieurs qui ressemblent au contenu du coran ne prouvent plus rien. Et en fait, ils s’inscrivent mille fois mieux dans l’hypothèse selon laquelle des gens ont inventé le coran à la fin du VIIe siècle en puisant dans le vaste réservoir de textes «inspirés» que la région produisait depuis déjà fort longtemps.

Ainsi, aussi longtemps que les musulmans ne retrouveront pas le vrai coran d’Othman, il leur faudra admettre, devant les preuves historiques, que leur coran actuel est avant tout la nième copie d’un faux, sans doute créé sous et par les Omeyyades. Ils peuvent bien sûr aussi préférer faire semblant de croire que le coran a été transmis oralement sur plusieurs générations sans erreur notable, puis transcrit consciencieusement dans un ouvrage qui, par ailleurs mais de facto, est une escroquerie intellectuelle.

Arrivons-en à Mahomet. Pour récapituler, on peut ici confirmer une fois de plus que nous n’avons strictement rien sur le personnage de son vivant, pas une lettre, pas un récit romanesque, pas un texte de propagande, pas le moindre caillou gravé ou autre témoin d’époque, matériel ou spirituel, direct ou indirect. Le cirage, le néant absolu.

On ne trouve trace de lui qu’après sa mort, d’abord (et longtemps) uniquement par des sources non musulmanes, qui semblent le dire vivant (et combattant) des années après sa mort supposée. Et même ces sources ne disent rien sur les événements marquants de son parcours, notamment avec les juifs: deux des grandes tribus de Médine auraient été chassées vers la Syrie (et la troisième exterminée), et les juifs de Khaibar auraient été laminés ensuite, mais ces gens n’auraient laissé aucune trace de leur mésaventure, au point que des juifs pouvaient croire, quelques décennies après ces massacres, que Mahomet leur était favorable. Même le coran est très avare de détails sur Mahomet, il y est une sorte de narrateur, de conduit, de substitut de la présence divine parmi les Arabes. Nous avons juste l’image d’un personnage «digne d’éloge» (étymologie de Mohamed) qui connaissait bien la religion des juifs et qui combattait avec succès à la tête des Arabes.

Pourquoi? Comment se fait-il que ce personnage ait été décrit à la ronde comme un prophète guerrier (alors que les armées arabes déferlaient effectivement sur le monde alentour), mais que les gens, amis comme ennemis, qui sont censés l’avoir connu n’en aient rien dit et n’aient rien conservé en souvenir de lui? Puis que soudain, des générations plus tard, des milliers de gens aient commencé à raconter et écrire son histoire avec force détails. Au point que même les grandes collections de hadiths sahih sont censées n’avoir conservé que quelques petits pour-cent de leurs récits? Qu’est-ce qui permet d’expliquer valablement ce phénomène?

Le «digne d’éloge» est un ami imaginaire, le Jeez des Arabes. Un modèle parfait que chacun veut avoir avec soi dans les temps difficiles, surtout dans le danger, pour se réconforter et à qui s’identifier. Tous les combattants arabes l’avaient avec eux, quelque part, ce messager de dieu. Il leur promettait la victoire et/ou le paradis, il appelait les anges pour les aider, il avait réponse à tout pour justifier même les pires exactions, même celles qu’il condamnait lui-même: il sanctifiait les crimes organisés de la conquête arabe. Personne ne le voyait, mais tout le monde en parlait, et voulait croire qu’il était là, tout près. Parfois, si on priait longtemps, on pouvait croire l’entendre, psalmodier. Il était la conscience, pervertie, des conquérants arabes.

Et comme cette conquête a merveilleusement fonctionné, que le bluff a emporté la mise, les descendants de ces conquérants en ont fait un personnage réel. Et tout le monde, alors, voulait en avoir entendu parler, de ce personnage miraculeux, qui avait lancé la principale civilisation de l’époque. L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme … Alors, on a construit la fable, petit à petit, avec plus de 95% de déchet car en fait, et c’est là ma conclusion, ici, tout est mensonge.

Alain Jean-Mairet

  10 Responses to “Réplique à Michel Orcel: Non, Mahomet n’a pas existé”

  1. […] que ce personnage soit une sorte d’ami imaginaire des Arabes de l’époque. J’ai développé ce sujet sur le blog de Sami Aldeeb. (Photo ci-contre: vestiges d’un […]

  2. […] sorte d’ami imaginaire des Arabes de l’époque. Sujet développé sur le blog de Sami Aldeeb.(http://www.blog.sami-aldeeb.com/2014/01/30/replique-a-michel-orcel-non-mahomet-na-pas-existe/) [extrait de ce lien] Ainsi, aussi longtemps que les musulmans ne retrouveront pas le vrai coran […]

  3. […] Vallette : Entretien avec  Alain Jean-Mairet + développé ce sujet sur le blog de Sami […]

  4. […] le contexte de sa rédaction, dans les aberrations du personnage de Mahomet, voire dans sa simple inexistence. Oui, l’islam est une saloperie, mais c’est l’une de ses forces. Ses faiblesses sont […]

  5. intéressant

  6. […] plausible que ce personnage soit une sorte d’ami imaginaire des Arabes de l’époque. J’ai développé ce sujet sur le blog de Sami Aldeeb. (Photo ci-contre: vestiges d’un […]

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.