août 192012
 

Source: Décidément, c’est de mieux en mieux : les facs suisses se préparent à former des imams. Le recteur de l’université de Bâle, Antonio Loprino, vient d’annoncer qu’une conférence se tiendrait au début de l’année qui suit au sujet de la formation professionnelle de leaders religieux musulmans, généralement désignés par le terme « imams ».

Un nouveau standard didactique viendrait encadrer les cours de théologie islamique visant à former une nouvelle élite islamique … libérale. Dans l’original, l’adjectif « libéral » est placé entre parenthèses et, pour ma part, je capte fort bien la pensée sous-jacente de l’auteur : y-a-t-il, en effet, un islam libéral ? Ne sombre-t-on pas dans une contradiction certaine ? Encore une surprise à relever : il se trouve que les étudiants en théologie catholique et protestante les plus prometteurs auront l’autorisation de suivre les cours de théologie islamique normalement réservés aux musulmans. J’en perds tout à fait mon latin ! Serait-ce placer certains cours en position d’exclusivité, former par là une caste d’étudiants privilégiée pouvant être initiés à ce qui est interdit d’accès à d’autres ? Une autre question me taraude. Je n’en ferais pas l’objet de mes nuits blanches et tout de même : y-a-t-il une certaine lucidité à interpréter ces cours supérieurement éclairés comme une réponse « rampante » à la loi anti-minaret qui avait été votée par référendum en 2009 ? Genève avait alors fait preuve de fermeté avec 59,7 % de voix opposées à la construction de nouvelles mosquées, arguant l’islamisation « rampante », nouveau fléau d’une Suisse majoritairement protestante. Nonobstant moultes mouvements de soulèvement islamiques, de l’intercession presque divine d’Amnesty International qui s’apitoie sur le sort lamentable d’une femme voilé qu’un grand méchant suisse aurait abordé dans la rue pour lui demander de découvrir son visage, la Suisse, pays bien trempé, bien sage à ses heures de démocratie directe, a tenu bon. En 2009, soit, il y a trois ans ! QUE trois ans. Faute d’arriver à faire fléchir l’opinion publique, certains représentants de l’élite intellectuelle suisse ont décidé de contourner les sentiers battus, en intégrant l’islam par le biais des universités. Tentative à double tranchant qui amène à différencier deux réalités :

De prime abord, on a ce que l’on a. L’islam s’est manifesté dans un pays aussi détaché de l’UE que la Suisse. Et donc, si Jéhovah a fermé une porte, Allah, ailleurs, a ouvert une fenêtre. Mr. Loprino sert parfaitement les intérêts de ce Dernier, puisqu’il affirme adapter l’islam aux défis lancés par la société européenne moderne. Or, s’il existe des courants islamiques libéraux très peu connus du monde occidental (si ce n’est à la lumière de quelques auteurs francophones tels que Gilles Kepel, Malek Chebel etc.) et de plus en plus mal perçus dans le monde musulman, la Doctrine des Frères musulmans (FM) gagne résolument du terrain. Engendrée par l’effondrement de l’Empire ottoman survenu en 1928, le credo des FM se résume à la lutte contre l’emprise laique occidentale et l’imitation servile du modèle européen. Par conséquent, il s’agit d’une Doctrine purement oppositionnaire justifiée, comble du paradoxe, par des références au philosophe allemand Oswald Spengler, théoricien du déclin de l’Occident, auteur d’un ouvrage éponyme dont le réalisme se construit parfois sur des sujets délicats. J’ignore ce qu’en aurait dit Mr. Spengler lui-même si on pouvait le ressusciter, mais je constate que les leaders musulmans ont suffisamment d’instruction pour ne pas recourir aux services des facs suisses. Ainsi, je suis amenée à formuler une deuxième supposition qui introduira une deuxième réalité.

La Suisse a toujours été une sorte d’observatrice plantée au cœur d’une Europe effervescente. Pays qui s’est évertué à conserver (en tout cas officiellement) sa neutralité pendant la II Grande Guerre en vertu du droit de neutralité ratifié en 1907, qui n’a pas participé, de même que le Royaume-Uni, d’ailleurs, aux projets tumultueux de l’Union européenne, voici qu’elle se retrouve impliquée dans un enjeu qu’elle semblait avoir écarté il n’y a que trois ans de là. Qui plus est, s’empresse de nous rassurer le recteur de l’université de Bâle, il n’y a que très peu de musulmans sur le territoire suisse ce qui fait qu’une seule chaire de théologie islamique suffirait à satisfaire l’expérience. Alors pourquoi la Suisse saute-t-elle dans le bain ? N-a-t-elle donc pas d’autres chats à fouetter ? La réponse devient patente si l’on interprète l’initiative de Bâle comme une mesure préventive. Ou, en tout cas, qu’elle croit être telle. La Suisse pense pouvoir adapter l’islam à un occidentalisme qui est en fait contraire à sa nature, qui lui est artificiel au plus haut point. Mais les voies de l’enfer, comme on dit, sont pavées de bonnes intentions : c’est l’effet inverse qui est à observer, c’est-à-dire une Europe qui s’adapte à un islam qui lui est réciproquement étranger. Bien plus, cette initiative lui coûtera la croix du drapeau comme elle lui coûtera son inébranlable neutralité, sachant que les cours coraniques universitaires seront financés par l’Etat suisse et non pas par les pays musulmans qui, récepteurs de toute bonne intention pro-islamique, auraient pu faire l’effort de participer lucrativement à sa propre intégration sur le sol de la neutralité suprême. Mais il n’en est rien. Peut-être parce que l’islam made in Suisse n’est aux yeux des « vrais » musulmans qu’une contrefaction digne d’une chemise Adidas made in China.

 Posted by at 22 h 53 min

  One Response to “Islam « made in Suisse »”

  1. Je ne savais où caser ce dessin humoristique, qui m’a fait rire… Histoire de bien commencer la journée…

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