Source: Dès son premier discours juste après l’annonce des résultats, le président Mohamad Morsi s’est présenté comme le « président de tous les Egyptiens ». C’est-à-dire un président qui ne fait pas de discrimination entre chrétiens et musulmans. Il a repris les mêmes mots lors de sa rencontre avec les dirigeants de l’Eglise qui l’ont félicité. Il a même ressenti une tristesse mêlée de colère lorsqu’il a dû répondre à une question destinée à réconforter les coptes et cela lors de sa rencontre avec les rédacteurs en chef des journaux. DrMorsi n’a pas manqué d’exprimer sa perplexité, lorsqu’il s’est trouvé obligé de réconforter sans cesse les coptes, qui sont ses voisins, ses concitoyens et sa famille, dit-il.
En réalité, Dr Morsi hérite d’un lourd fardeau égyptien, avec un dossier épineux, à savoir celui de la citoyenneté et des coptes. Il suffit de dire que ce dossier était une épine dans le dos de l’ex-président Moubarak durant la dernière décennie de son règne. Sa non-résolution à été l’une des causes ayant déclenché la révolution du 25 janvier.
En général, il y a deux conceptions pour traiter les affaires religieuses. La première considère que les problèmes des coptes sont omniprésents et urgents, tels que la construction et la réhabilitation des églises, l’absence d’une représentation convenable au sein de l’institution législative et la non-nomination aux postes-clés au sommet de l’Etat. Ces problèmes doivent être réglés dans l’immédiat. Leur report signifie le maintien de la politique de discrimination étatique à l’égard de ces citoyens. La deuxième école estime que les problèmes d’exclusion ne touchent pas uniquement les coptes mais également d’autres catégories de la société, tels les femmes, les marginalisés et les opposants politiques. Par voie de conséquence, il est inévitable de trouver un remède à la discrimination en général et de ne pas la limiter à une catégorie ou à une classe sociale donnée. Avec la chute du régime Moubarak, la discrimination s’est accrue. Ainsi, le droit à une égalité à part entière s’est imposé plus que jamais, sans que cela ne soit concrétisé sur le terrain. Aucun progrès n’a été réalisé au niveau du dossier copte, voire d’autres problèmes ont resurgi comme la destruction d’une église, l’interdiction de la construction d’une autre. Outre le fait que les coptes sentent qu’une certaine culture sévissant dans la société les étouffe et entrave leur interaction normale.
Pour mieux traiter avec la question copte, Dr Mahomad Morsi est appelé à aller au-delà des apaisements verbaux. Il est impératif que cela soit fait sur la base de la citoyenneté. En d’autres termes, il faut que la relation du copte avec l’Etat soit régularisée par des lois et des politiques bien déterminées dans tous les domaines.
Disons de prime abord qu’il existe une grande différence entre la gouvernance et l’Etat. La gouvernance est d’ordre politique, regroupant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique. Alors que l’Etat est cette entité neutre à l’égard de ces citoyens sans aucune distinction relative à la religion, au sexe, à la secte ou autres. L’Etat avec tous ses appareils n’est pas l’apanage d’un parti, d’un groupe ou d’une secte donnée. Ce n’est pas non plus un terrain dont la propriété fait l’objet de litige. Mais il est constitué d’institutions égyptiennes par excellence qui sont la propriété de tout un peuple. Par exemple, il ne faut pas que la bureaucratie, comme il est souvent le cas concernant la construction et la réhabilitation des églises, devienne un outil entravant la liberté de culte ou imposant des notions fanatiques erronées à des citoyens qui recherchent la liberté de culte et l’égalité. Il ne faut pas non plus que la bureaucratie devienne un outil de discrimination comme c’est le cas dans l’exclusion des coptes des hautes fonctions. Comme s’ils étaient moins patriotiques ou moins performants que leurs compatriotes de l’autre religion. Ce principe est infondé.
Il faut se fier totalement à l’Etat de droit qui traite tous les citoyens sur un pied d’égalité indépendamment de leur religion, leur sexe, leur ethnie ou autres. Il faut bâtir un véritable Etat citoyen, avec des institutions travaillant pour réaliser l’équité et l’égalité de tous les citoyens. Il est totalement insensé de recourir à des « réconciliations de pure forme » en vue de régler les crimes d’agression et d’atteinte contre les civils, qui doivent être résolus au sein des tribunaux et non pas dans des séances parrainées par les appareils de l’Etat. Lors de telles séances, on inflige à la victime une double injustice. Une fois, lorsqu’elle se trouve l’objet d’agression et la seconde, lorsqu’elle est soumise à une réconciliation non équilibrée. Il est indispensable d’éradiquer la discrimination dans les médias et l’enseignement, tout en promouvant la notion de citoyenneté et en inculquant la culture civile dans les divers établissements éducatifs. Pendant l’ère Moubarak, l’Etat a donné l’occasion aux fanatiques de manipuler son unité et son intégrité. Comme si on leur disait : « A nous l’oppression et à vous l’extrémisme ». La tête de l’oppression est tombée grâce à la révolution égyptienne. Il est temps pour que l’extrémisme disparaisse également. Le combat est long, mais il a besoin d’être bien ciblé dès le départ. Il faut faire preuve de persévérance face à l’extrémisme.
Ainsi, la notion de citoyenneté sera ancrée. Il faudra recenser dans l’immédiat les problèmes des coptes ainsi que ceux des autres catégories sociales, tout en fixant des politiques bien déterminées pour les affronter. Les coptes en tant que citoyens égyptiens doivent avoir des chances réelles dans le sens de l’intégration politique dans la société en occupant les hautes fonctions de l’Etat sur la base de la compétence.
En résumé, je dirais que le principe de citoyenneté doit être relancé par le président. Tous les Egyptiens doivent le respecter. Personne n’est né fanatique, mais c’est quelque chose qu’on apprend, comme l’ignorance et l’animosité, dans la rue, à travers les médias, dans les institutions éducatives, dans les discours religieux. Cela est dû en grande partie à l’absence de la neutralité de la part des appareils d’Etat, aux solutions inéquitables apportées aux problèmes considérés comme des crimes contre l’humanité ainsi qu’aux pratiques violant les droits de l’homme. S’il est question de fonder la deuxième République, il faut commencer par exterminer ces maux sociaux, culturels et politiques. Les gens n’accepteront pas que la résolution de ces maux soit ajournée ou bien qu’on continue à leur porter le regard superficiel d’antan. Les citoyens de la deuxième République n’accepteront pas une gouvernance dénuée d’une nouvelle philosophie leur accordant leurs droits.
Les aspirations des citoyens sont grandissimes. Ils souhaitent voir un vrai changement. Sinon, les voix revendiquant liberté, égalité et justice ne se tairont pas. Aucune force, quelle qu’elle soit, ne pourra leur spolier leur droit à une vie décente et à une citoyenneté totale.

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