Source: Dans son n°2685 en kiosques du 24 au 30 juin, Jeune Afrique revient sur les relations tendues entre les islamistes et les artistes au Maroc. Franche hostilité ou méfiance, en tout cas les relations ne sont pas au beau fixe. Certains s’inquiètent déjà du spectre d’un « ordre halal ».
Depuis leur victoire aux législatives de novembre dernier, cadres et ministres du Parti de la justice et du développement (PJD) multiplient déclarations fracassantes, anathèmes et appels pour un « art propre », dirigeant leurs critiques contre les spectacles immoraux, certains films et des spectacles dispendieux.
Une situation qui pousse de nombreux artistes et militants culturels à tirer la sonnette d’alarme, même si la situation est moins préoccupante qu’en Tunisie, où de violents incidents ont récemment interrompu une exposition d’art contemporain, ou encore qu’au Nord-Mali, avec les récentes attaques contre la culture à Tombouctou (et les scènes de flagellation en place publique).
Le chaud et le froid
Conscient de l’inquiétude que suscitent les islamistes, l’historien Mohammed Ennaji rappelle dans une tribune qu’« ils continuent toujours à souffler le chaud et le froid, à alterner la menace et le compromis, à chaque fois que se profile un événement qui peut donner lieu à un discours incendiaire. » Pour l’essayiste, c’est bel et bien « la destruction en règle de l’école publique qui a causé la faillite culturelle du Maroc. »
La polémique est d’ailleurs nourrie par les récentes condamnations d’artistes proches du mouvement du 20 février. Le rappeur Mouad Lhaqed et le poète Younes Belkhdim viennent ainsi d’écoper respectivement de peines de prisons d’un an et deux ans, sans que leur condamnation ne puisse être imputée au gouvernement PJD. « Entre le marteau des sécuritaires et l’enclume des islamistes, la liberté d’expression s’amenuise. »

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