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Source: RÉSUMÉ – Après avoir produit un film sur deux militantes musulmanes sans parler de leurs liens avec des organisations pro-charia financées par l’Arabie saoudite, Francine Pelletier fait montre de relativisme culturel en présentant les crimes d’honneur comme une variante de la violence domestique conventionnelle. Elle prend également soin d’évacuer la justification des crimes d’honneur par la charia.

pelletier francine bote

On savait de Francine Pelletier qu’elle avait réussi le tour de force de réaliser un film sur deux militantes musulmanes sans ne rien nous dire de leurs liens avec des organisations pro-charia qui reçoivent des fonds de l’Arabie saoudite et qui en transfèrent d’autres vers le collecteur de fonds du Hamas au Canada.

Point de Bascule (4 mai 2012) : Qui tire les ficelles derrière les sœurs musulmanes de Francine Pelletier?

On savait également de Francine Pelletier qu’elle a cautionné l’islamiste Tariq Ramadan en participant aux activités de son organisation Présence Musulmane dans le passé. Ramadan a été récemment nommé à la tête d’un centre de recherche sur la charia financé par le Qatar et endossé par le guide spirituel des Frères Musulmans, Youssef Qaradawi. Ce même Qaradawi, que Ramadan présente comme «un des exégètes de l’islam les plus importants» à s’être prononcé sur la question des attitudes et des comportements que les musulmans doivent adopter lorsqu’ils vivent en Occident, encourage ouvertement les mutilations génitales féminines et l’assassinat des homosexuels (vidéo 5:27). Il promeut Hitler comme un envoyé d’Allah venu punir les juifs. (Tariq Ramadan, Radical Reform, New York, Oxford University Press, 2009, pp. 31 et 326)

En 2004, Tariq Ramadan incita les leaders musulmans opérant au Canada à recourir aux institutions existantes pour introduire la charia au pays dans une interview à un périodique égyptien. En 2011, il invita ses supporteurs réunis à Dallas à «coloniser» les États-Unis «avec notre compréhension de l’islam, avec nos principes».

Pendant qu’une musulmane comme Fatima Houda-Pepin prenait des risques importants pour nous mettre en garde contre les tentatives d’implantation de la charia au Canada, Francine Pelletier s’activait à donner de la crédibilité à un de ses principaux promoteurs, Tariq Ramadan. Une histoire de résistance. Une histoire de collaboration.

Depuis quelques jours, on sait également de Francine Pelletier qu’elle relaie le message des islamistes sur la question des crimes d’honneur. Dans sa récente critique du film Ces crimes sans honneur, elle insinue que les crimes d’honneur ne seraient qu’une variante de la violence domestique qui survient en Occident : «Y a-t-il tant de différence entre ce genre de meurtre (les crimes d’honneur) et les 139 femmes assassinées par leur conjoint au Québec au cours des 10 dernières années?»

Oui, une énorme différence.

Comme l’ont précisé plusieurs rapports sur le sujet dont le rapport Petermann rédigé à la demande du juge belge responsable du procès des membres de la famille Sheikh accusés et condamnés en 2011 du meurtre de leur fille/sœur Sadia, les crimes d’honneur se distinguent des autres cas de violence domestique en ce qu’ils ne sont pas des actes individuels mais des actes prémédités et planifiés par la famille :

Rapport Petermann – Des membres de la famille sont dans tous les cas impliqués dans ces crimes : père, mère, frères sœurs, oncles, cousins, grands-parents, etc. Souvent c’est le plus jeune frère de la fratrie (à qui l’on demande de tuer) parce que légalement il est mineur. Il arrive que la mère ou les sœurs soient directement impliquées, non parce qu’elles sont poussées par la peur ou sous la contrainte, mais parce qu’elles ont la conviction que certaines traditions ne peuvent être transgressées

Si la jeune femme parvient à s’échapper, la famille entière se mobilise pour tenter d’accomplir la «sentence»; la planification et la participation de parents proches distingue ce type de crime des violences domestiques (notamment conjugales) qui peuvent déboucher elles aussi sur des homicides, ou des crimes dits passionnels.

Cette distinction fondamentale prend toute son importance quand il s’agit de protéger les jeunes filles menacées par leur famille.

Les intervenants de première ligne appelés à aider les femmes impliquées dans des dynamiques d’honneur doivent être sensibilisés au fait que tous les membres de la famille représentent une menace potentielle. Ils doivent décourager les jeunes filles menacées de se rapprocher non seulement de leur père mais également des autres membres de la famille qui sont encore proche de lui. Si les intervenants se font convaincre par le genre de désinformation véhiculée par Francine Pelletier, ils sous-estimeront la menace représentée par famille et même la communauté avec les conséquences tragiques que l’on a pu voir dans le passé.

Texas – Janvier 2008 : Amina et Sarah Said étaient en sécurité après avoir fui la résidence familiale suite aux menaces de mort proférées par leur père. L’aînée refusait un mariage arrangée avec un Égyptien plus âgé qu’elle. C’est leur mère qui les a convaincues de revenir. Elle les piégea en invoquant vouloir les avoir prêt d’elles pour aller visiter la tombe de sa mère dont c’était l’anniversaire. C’était une ruse. Elle les ramena à son mari. Quelques heures plus tard, celui-ci prit le relai et tua ses filles.

Glenna Whitley (Dallas Observer News – 19 juin 2008) : Des filles américaines (American Girls)

Quand Francine Pelletier établit un parallèle entre les assassinats perpétrés par le docteur Turcotte et ceux de la famille Shafia, elle ne fait que colporter du politiquement correct. Les enfants du docteur Turcotte étaient en sécurité auprès de leur mère et même auprès des propres parents du médecin. Si ces adultes proches de Turcotte avaient réalisé la nature de la menace qui pesait sur les deux jeunes enfants, ils les auraient mis à l’abri. Ce n’est pas le cas dans une dynamique d’honneur.

Le crime d’honneur : un phénomène culturel ET religieux

L’autre précision qu’on doit faire dans le dossier des crimes d’honneur concerne l’origine du phénomène. Culturelle ou religieuse?

Francine Pelletier écrit que le film Ces crimes sans honneur «précise qu’il s’agit bien d’un « problème culturel » plutôt que religieux, la tentation d’y voir une autre manifestation de fanatisme musulman étant bien grande par les temps qui courent».

Le film Ces crimes sans honneur a été présenté au cinéma Excentris à Montréal le 11 mai 2012. Après la projection du film, la réalisatrice Raymonde Provencher et une des participantes au film, Aruna Papp, ont répondu à quelques questions de l’auditoire. Le directeur de Point de Bascule était présent et rapporte ce qui suit. Un spectateur a fait remarquer à madame Papp que, durant le film, elle parlait du caractère culturel des crimes d’honneur et non de leur caractère religieux. Il lui a demandé pourquoi.

La réponse d’Aruna Papp est éloquente. Elle a déclaré ne pas avoir abordé l’aspect religieux car «elle désire vivre encore longtemps».

Ne pas vouloir parler d’un phénomène car on craint subir des représailles physiques en le faisant ne signifie pas qu’on nie l’existence dudit phénomène. Bien au contraire madame Pelletier.

Le crime d’honneur comme l’excision sont certainement des phénomènes culturels puisqu’ils ne touchent pas qu’une seule religion et que, dans le cas de l’islam, ils ont même précédé son arrivée.

Cependant, quand on constate que quatorze siècles après les débuts de l’islam, les plus hautes autorités de cette religion, autant sunnites que chiites, continuent de promouvoir des manuels de charia qui décrètent l’immunité des parents qui tuent leurs enfants, on ne peut plus ignorer l’aspect religieux de cette pratique.

Décréter l’immunité des parents qui tuent leurs enfants c’est justifier le crime d’honneur

À la section o1.2 du manuel de charia Umdat al-Salik (sunnite), on énumère plusieurs situations pour lesquelles le meurtrier bénéficie de l’immunité. Le quatrième des cas cités concerne spécifiquement celui du parent qui tue son enfant :

(Traduction PdeB) o1.2 Les personnes suivantes ne sont pas sujettes à des représailles :

  1. Un enfant ou une personne démente, quelques soient les circonstances (…);
  2. Un musulman qui tue un non-musulman;
  3. Un juif ou un chrétien vivant dans un État islamique qui tue un apostat de l’islam;
  4. Un père ou une mère (ou leurs pères et leurs mères) qui tuent leurs descendants ou les descendants de leurs descendants.

Ahmad ibn Naqid al-Misri (1302 – 1367), Umdat al-Salik (Reliance of the Traveller – La dépendance du voyageur), Beltsville (Maryland), Amana Publications, 1994, pp. 583-584

Une reproduction de cet extrait est disponible ICI.

L’Umdat al-Salik est endossé par l’Université al-Azhar d’Égypte, l’un des principaux centres d’études de l’islam dans le monde sunnite et par l’International Institute of Islamic Thought (IIIT), une organisation d’exégètes associée aux Frères Musulmans basée aux États-Unis.

Tariq Ramadan endosse ce manuel de charia dans son livre Radical Reform (New York, Oxford University Press, 2009, pp. 302-303).

Un autre texte proclame l’immunité du père qui tue son enfant. Il se trouve à l’annexe II de l’ouvrage A Clarification of Questions (chiite). À la section 2.3, son auteur, l’ayatollah Khomeini, mentionne spécifiquement que, pour être puni, le meurtrier ne doit pas être le père de la victime :

(Traduction PdeB) «Représailles (Ghasas)

2. Conditions pour l’exercice de représailles:

1.  (…)
2.  L’égalité dans la religion. Un musulman ne doit pas être l’objet de représailles s’il tue un infidèle, à moins que le musulman n’ait l’habitude de tuer les infidèles;
3.  Le tueur ne doit pas être le père de la personne tuée (ni son grand-père paternel);
4.  Raison et sagesse;
5.  Puberté;
6.  Qu’il ne mérite pas d’être tué d’après la religion, comme c’est le cas pour la légitime défense.

Ayatollah Khomeini (1902-1989), A Clarification of Questions, Westview Press, Boulder (Colorado), 1984, p. 429

Une reproduction de l’extrait du livre est disponible ICI.

Des statistiques révélatrices

Peu après qu’Aqsa Parvez ait été tuée en 2007 par son père et son frère à Mississauga (Ontario) parce qu’elle refusait de porter le voile, un commentateur pakistanais publia un article dans le Pakistan Daily Times sur le phénomène des crimes d’honneur dans les pays musulmans. La famille d’Aqsa Parvez était originaire du Pakistan.

Dans son commentaire, Farrukh Saleem rapporta les statistiques suivantes :

Dans les 192 États membres de Nations Unies, presque tous les crimes d’honneur surviennent dans neuf pays très majoritairement musulmans.

Environ 2,5 % de l’humanité vit au Pakistan mais près de 30% de tous les crimes d’honneur rapportés dans le monde le sont dans ce pays.

Farrukh Saleem (Pakistan Daily Times – 19 décembre 2007) : Truth and Denial
Traduction sur Point de Bascule : Le crime d’honneur est notre exportation vers le Canada

Uniquement pour l’année 2010, le Telegraph (Londres) a rapporté près de 3 000 cas d’attaques liées à l’honneur (meurtres, acide au visage, etc.) en Grande-Bretagne.

Un exégète musulman confirme l’importance que les sociétés islamiques accordent au concept d’honneur

Le rapport que les sociétés islamiques entretiennent avec le concept d’honneur a été confirmé en 2006 par Mahmoud Ayoub, un expert musulman faisant partie du conseil des exégètes de l’International Institute of Islamic Thought (IIIT), lorsqu’il s’est présenté devant une cour canadienne pour témoigner en faveur d’un musulman qui avait déjà été condamné pour le meurtre de son épouse. Le témoignage d’Ayoub visait à faire passer l’accusation retenue contre cet homme de meurtre au premier degré à meurtre sans préméditation (manslaughter). Une décision favorable aurait allégé la sentence du meurtrier.

À cette occasion, Ayoub fit valoir que «la culture islamique accorde une grande importance au concept d’honneur dans la famille» (R. vs Humaid – section 67).

Ayoub avait également déclaré que «plusieurs sociétés islamiques permettent aux hommes qui soupçonnent leur femme d’adultère de les punir et parfois même de les tuer» (Canwest / National Post, 10 novembre 2006 – Top court refuses to hear whether religion can be a murder defence).

Ayoub ne cherchait rien de moins que de faire reconnaître par les tribunaux canadiens des principes de charia incompatibles avec l’égalité des individus devant la loi. Le juge rejeta ses arguments.

L’affaire fut portée devant la Cour Suprême qui refusa d’entendre la cause.

Mahmoud Ayoub est le même expert musulman qui témoigna en faveur d’un lobby islamiste qui poursuivit le magazine Maclean’s pour avoir publié un article de Mark Steyn qui citait des leaders musulmans appelant à conquérir l’Occident par l’immigration et la natalité.

Conclusion

S’il importe tant de rappeler que la charia endosse les crimes d’honneur en prévoyant l’immunité pour les parents qui tuent leurs enfants, c’est que plusieurs organisations islamistes s’activent dans le dossier et représentent des parents musulmans qui ont menacé leurs enfants dans le passé auprès d’organisations gouvernementales.

Floride – 2009 : Dans le cas de Rifqa Bary, notamment, qui s’était réfugiée en Floride, l’organisation islamiste CAIR associée au réseau des Frères Musulmans a tout fait pour aider ses parents à convaincre les juges et les autorités assignés au dossier de retourner Rifqa dans sa famille malgré les menaces de mort proférées à son endroit par son père parce qu’elle s’était convertie au christianisme.

Pamela Geller (NewsMax – 2 septembre 2009) : Rifqa Bary ne doit pas être renvoyée dans sa famille (Rifqa Bary Cannot Be Sent Back to Family)

Ces organisations islamistes pro-charia font partie du problème, elles ne font pas partie de la solution. Et pourtant, elles sont constamment invitées à s’adresser aux policiers et à d’autres intervenants dans le dossier des crimes d’honneur et dans des programmes de rapprochement.

En permettant à des défenseurs de la charia qui prévoit l’immunité des parents qui tuent leurs enfants de convaincre les intervenants de première ligne que la charia n’a rien à faire avec le phénomène grandissant des crimes d’honneur, on a rendu les loups responsables de la bergerie.

Selon ce que le procès Shafia nous a appris, une bonne dizaine d’intervenants dans les écoles fréquentées par les trois sœurs Shafia et à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) connaissaient les menaces dont elles faisaient l’objet. Personne n’est intervenu pour les aider. On peut directement attribuer cette inaction à la confusion dont on entoure le crime d’honneur et au désir absolu de ne pas heurter des sensibilités religieuses. Amoindrir une menace en la dénaturant n’est pas sans conséquences.

Références supplémentaires

Aruna Papp (Toronto Star – 15 juillet 2010) : Le multiculturalisme étouffe la critique du crime d’honneur (Multiculturalism muffles ‘honour killing’ criticism)

Point de Bascule (12 octobre 2011) : Procès des Shafia : Rappel sur les crimes d’honneur

Point de Bascule (6 décembre 2011) : Maria Mourani relativise et dénature le concept de crime d’honneur

Point de Bascule (9 décembre 2011) : Charia et crimes d’honneur : Point de Bascule répond à Sikander Ziad Hashmi

Point de Bascule (24 janvier 2012) : Rapport Petermann : Une synthèse belge sur le crime d’honneur

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