mai 102012
 

Source: Ça m’irritait quand c’est Alfonso Gagliano, malgré tous ses travers, qui se faisait faire le coup. Ça m’irrite quand c’est Jean Charest qui se fait faire le coup. Ça m’irrite quand c’est Richard Martineau qui se fait faire le coup.

Le coup, c’est celui du on-débarque-en-gang-devant-chez-vous-pour-manifester. Chez-vous, comme dans chez-vous, chez toi, devant ta maison.

C’est le coup que Rico — mon coanimateur des Francs tireurs — s’est fait faire, la semaine dernière. En gang, des étudiants se sont pointés chez lui, jeudi soir dernier, dans une de leurs manifestations nocturnes. En gang ? Ils étaient des centaines !

Ils ont manifesté, ils ont chahuté. Ils ont le droit, ce n’est pas illégal. Cependant, c’est vil, infect, laid, abject, nauséabond, lâche, petit et j’en passe.

Je sais que Richard n’est pas le chroniqueur préféré des étudiants en grève. Moi-même, je suis à des années-lumière de sa position. Mais être en désaccord avec Martineau ne donne pas tous les droits, même s’il est le symbole d’une certaine opposition aux étudiants.

Depuis le début du conflit, les étudiants posent leur lutte dans un contexte plus grand, qui inclut une lutte contre un déficit de démocratie qu’ils perçoivent au Québec. Fort bien. Sauf qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté d’expression. Et la liberté d’expression, c’est d’abord et c’est surtout respecter la parole qui ne nous plaît pas. On peut la critiquer, cette parole ; on peut la ridiculiser ; on peut la contredire. C’est aussi ça, la liberté d’expression : critiquer celle de l’autre. Ça fait partie de la game.

Mais aller relancer devant chez lui l’auteur d’une parole qu’on n’aime pas, désolé, ce n’est plus de la liberté d’expression. Aller relancer chez lui un journaliste, alors qu’on est des centaines — Dieu qu’on est braves, en troupeau ! —, ce n’est plus de la liberté d’expression, c’est autre chose et ça porte un nom : intimidation.

Et, de grâce, ne me dites pas que Richard récolte ce qu’il sème par la virulence de son propos, par ses choix de mots. Il émet des opinions. Il n’envoie personne manifester devant les résidences personnelles des leaders étudiants, à ce que je sache.

De toute façon, puisque je connais bien mon coanimateur, si vous pensez pouvoir l’intimider, vous vous trompez. Si ça se trouve, il va redoubler d’ardeur. Et puisque j’ai connu le journal pour lequel il écrit, dans une autre vie, que j’étais là quand un de ses journalistes a été tiré dans le parking, je peux vous dire ceci : ils vont lui donner tous les moyens pour qu’il puisse écrire en paix.

Critiquez-le, raillez-le, défiez-le, sloganisez-le, c’est parfait. Mais quand vous allez l’écoeurer devant chez lui, vous ressemblez plus à des goons qu’à des émules de Platon.

Y a pas de quoi être fier.

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Plus largement, la manif qui a fait une escale chez Richard — rapportée sur LaPresse.ca, avec le nom de la rue, ce qui a déclenché la colère de Martineau, ce week-end — devrait inciter les médias à réfléchir à une question: quand une manif s’arrête devant la résidence personnelle de quelqu’un, est-ce que le droit du public à l’information serait fatalement desservi si on ne mentionnait pas la rue en question ? On le fait, comme médias, sans trop se poser de questions, calibrés que nous sommes à révéler le plus de détails possible sur un événement. On l’a fait dans le passé pour des manifs chez le maire Tremblay, le PM Charest, l’ex-ministre Gagliano. Je pense personnellement que ça n’ajoute rien à la qualité de l’info. Je pense qu’on devrait y réfléchir.

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