mai 072012
 

Source: Une attitude puritaine en matière de flux humains et culturels est une misère de l’esprit autant qu’une ruine à venir des pays qui la prôneront.

Une des questions qui semble agiter certaines petites consciences asservies par des années de ruminations stériles ces temps ci est celle de la préférence nationale dans un but d’évidente préservation des intangibles valeurs qui ont fait l’inexpugnable gloire de certains grands peuples marmoréens. On a la trouille, on s’inquiète. En un mot comme en trois, l’étranger fait peur. Son externalité, son peu d’adhérence aux thèses défendues par ces soit disant penseurs préoccupe. On y va à reculons avec commisération et le maximum de précautions oratoires qui s’imposent quand on y va. C’est la belle attitude de ceux qui surfent entre leur boulanger, leur supermarché et leur lieu de travail culturel.

Dans le triangle exigu de leur manque de foi en l’avenir.

Ces personnes et cela est valable à l’échelle mondiale voudraient nous intimer l’ordre de détester en retour ce que nous comprenons, d’abandonner l’attitude d’ouverture qui miraculeusement semble encore être la notre et nous ramener aux époques féodales qu’ils n’ont pas tout à fait quittées.

Fermeture des frontières, fermeture des ouïes, retranchement dans les soubassements d’une culture qui se flétrit. Rejet du différent, quasi-volonté nationaliste de purification ethnique. On ne se mélange pas, on refuse de recevoir tout ce que l’on a à recevoir. On se ferme, on gèle des écoutilles. Super attitude qui va directement du point de la relative entente jusqu’à l’affrontement. Quand on se cramponne à de petites certitudes périmées, il arrive que les problèmes que vous niez vous rejoignent là où vous tenez.

Nous avons tout à gagner de la multiplication même à outrance des échanges. Nous avons tout à gagner de faire confiance à une jeunesse qui a pourtant été systématiquement maintenue dans un état de minorité critique, écartée, incomprise, soumise à une mise en boucle des desiderata adultes.

On voit aujourd’hui quel est le résultat de cette attitude. Tout va bien pour un nombre toujours plus réduit de personnes soucieuses de conserver indéfiniment les choses en l’état dans un monde qui n’a jamais changé aussi vite. La fin de l’histoire était une bien belle mécanique, huilée, équilibrée, généreuse presque, mais totalement irréaliste.

Aujourd’hui le futur déborde de partout. Il nous atteint même dans les endroits où nous cherchons à l’éviter. Comment l’intégrer ? Internet est une stratégie du débordement mais c’est aussi une fabuleuse machine à développer des pratiques intellectuelles et culturelles dans l’accroissement des contacts, dans la densité de ses contenus, et la réalisation des potentiels qu’il permet de concrétiser. Mais là aussi nous doutons.

Nous reproduisons les petites contorsions protocolaires qui ont présidé à l’accueil de toutes les inventions majeures. L’aspect négatif est amplifié par cette attitude de commisération. Les croyances se rencontrent. Sans une prise en compte ouverte de toutes les tendances, comment aujourd’hui les faire communiquer ? Or on perd le sens de certaines valeurs simples de solidarité et d’ouverture. Cette apparente porosité à laquelle nous sommes désormais soumis ou dans laquelle nous avons la chance de nous trouver c’est selon les dispositions qui président, nous expose plus qu’elle ne nous protège. Nous avons donc besoin d’une protection mentale, intellectuelle, culturelle, professionnelle. Une forme d’ouverture et une forme d’« abandon » conjugués. Le multiculturalisme demande une bonne connaissance de ce qui fait notre identité, notre rattachement géographique, notre maison, notre socle.

Dans une société qui négocie un changement symbolique, nombreux sont ceux qui peuvent se tromper, aller dans des directions handicapantes. Il faut que cette énergie humaine bénéficie d’une plus grande connaissance du terrain, et soit par conséquent tenue informée des modifications en cours. Je ne parle pas uniquement de modifications techniques, je parle de modifications symboliques. Certains médias remplissent ce rôle à merveille et il faut tirer son chapeau à tous ceux qui le font avec honnêteté et foi dans les développements en cours.

Le multiculturalisme nous met à l’abri de cet écueil et reconstruit des savoirs et des expériences pointues et diversifiées qui permettent une densification du tissu professionnel et une explosion des connaissances et de leur prise en compte au plan culturel. Nous allons donc bel et bien vers une société où la culture sera la valeur dominante et où les nouveaux médias seront les vecteurs de cette transformation. Abandonner maintenant serait une ineptie. On cherche des réponses plus personnalisées, plus personnelles qui feraient renaître du sens dans le contexte de reflux du sens qui a été opéré par le post modernisme.

Par Gilles Marchand , président d’Informations sans Frontières

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