avr 282012
 

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Le 22 avril, à Kélibia, en Tunisie, des Salafistes ont envahi un centre culturel où le penseur Youssef Seddik devait animer une conférence, l’empêchant ainsi de présenter l’idée selon laquelle il est « légitime pour tout musulman de relire et d’interpréter le Coran d’un point de vue personnel ». Un incident qui renvoie à l’inquiétante montée des mouvances fondamentalistes dans le pays.

 « Une quarantaine de ’’barbus’’ a formé un bouclier humain et proféré des menaces à l’encontre du conférencier. Nous avons dû changer le lieu de la conférence pour protéger l’intégrité physique de Youssef Seddik » a expliqué l’AACK, association organisatrice de la rencontre avec l’intellectuel. Le colloque traitant des « causes et implications du fanatisme idéologique en Tunisie » a bien failli ne pas avoir lieu.En Tunisie, s’attaquer aux extrémistes s’avère dangereux et risqué : peu osent se frotter aux islamistes radicaux, même sous l’uniforme des forces de l’ordre. Ce 23 avril, malgré les nombreux appels au secours lancés par les membres de l’AACK, la police a choisi de ne pas intervenir. Les quelque représentants de l’autorité sur les lieux, ont observé la scène à distance, laissant le champ libre aux Salafistes de profaner le drapeau national. Pendant une semaine, dans les mosquées et sur les réseaux sociaux, les religieux Salafistes ont multiplié les incitations à la haine. Des appels lancés sous le nez des autorités publiques.

Vers un retour à « l’Islam des origines »

La présence de Salafistes en Tunisie ne date pas d’hier. La mouvance fondamentaliste s’est installée progressivement dans le paysage tunisien depuis les années 1970. Toutefois, ces partisans d’un retour à « l’Islam des origines », fondé sur le Coran et la Sunna, évoluaient dans l’ombre. Ils ont en revanche su profiter de la chute du régime de Ben Ali, qui contrôlait les lieux de culte, pour rallier 400 mosquées à la cause salafiste, sur les 5 000 que compte le pays. Depuis, ils cherchent à imposer la loi islamique, sur l’ensemble du territoire.

Ridha Belhadj, chef du groupe ultra-conservateur Hizb Ut-Tahrir, se dit en faveur d’une application stricte de la charia et de l’instauration d’un Califat, c’est à dire à l’exercice du pouvoir par l’un des descendants du prophète Mahomet. Quant aux femmes, elles « mèneraient des vies plus vertueuses si elles se consacraient à l’éducation des enfants » martèle-t-il.

Très présents à Tunis, à Sidi Bouzid et à Sejnane, les Salafistes sont régulièrement accusés d’actes de violence. En mars dernier, après avoir agressé plusieurs journalistes, ils s’en sont pris au doyen de la faculté de Mannouba. L’universitaire refuse catégoriquement que les étudiantes vêtues d’un niqab soient autorisées à passer les examens. Mi-avril, c’est Nabil Karoui, le directeur de la chaîne Nessma, qui a fait les frais de leur virulence. Ils lui reprochent d’avoir diffusé Persepolis, long métrage réalisé par l’auteur de bandes dessinées, Marjane Satrapi, dans lequel Allah est représenté sous forme humaine, ce qui va à l’encontre des principes de l’Islam, où toute représentation de Dieu est formellement proscrite.

Une montée inquiétante de l’extrémisme

Au sein de la société tunisienne, cette montée de l’extrémisme inquiète, d’autant que le gouvernement, dominé par le parti islamiste Ennahda, ne semble pas s’y opposer. Le 28 mars, Rached Ghannouchi, chef historique, a tenté d’apaiser les esprits. Devant un parterre de journalistes, il s’est engagé à ne pas modifier le premier article de la Constitution, qui garantit les principes d’un État civil. Le peuple tunisien ne sera donc pas soumis à la charia. Des « notions encore abstraites pour l’opinion publique, et des pratiques erronées dans certains pays ont suscité la peur » a-t-il expliqué.

Désireux de ne pas inquiéter l’Occident, le parti islamiste cherche à démontrer sa capacité à gérer les affaires politiques intérieures avec modération. Il continue néanmoins à subir la pression des Salafistes. Or, pour ne pas se laisser déborder, le parti Ennahda est contraint d’adopter certaines positions de la mouvance fondamentaliste. En cette période de transition gouvernementale, et alors que les institutions restent fragiles, une sévère intransigeance de l’exécutif pourrait faire basculer les islamistes dans une radicalisation encore plus extrême.

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