avr 282012
 

Source: Nicolas Sarkozy et l’UMP ont assuré que le sulfureux professeur suisse musulman soutenait le candidat PS accusé de capter «le vote communautaire». Ce que Ramadan vient de démentir.

Par LAURE EQUY ET GAËL CEREZ

Après avoir caricaturé François Hollande en candidat «de la dépénalisation du cannabis», du droit de vote des étrangers et de «la régularisation massive» des immigrés, Nicolas Sarkozy et l’UMP agitent l’épouvantail de supposés soutiens embarassants. Le sulfureux intellectuel musulman Tariq Ramadan aurait appelé à voter pour Hollande, d’après le Président sortant, tandis que deux députés UMP dénoncent un étrange «appel» de 700 mosquées en faveur du candidat PS. Façon de tenter de montrer leur rival sous un jour prétendument communautariste pour en dégoûter les électeurs de Marine Le Pen. Sauf que ces soutiens ont été catégoriquement démentis.

«J’ai vu que M. Hollande (…) parle beaucoup du Front national. Mais que dit-il, lui, quand Tariq Ramadan ose appeler à voter pour lui? Tariq Ramadan, l’homme avec qui j’ai débattu, qui proposait un moratoire sur la lapidation de la femme adultère? C’est monstrueux! Voilà un homme qui appelle à voter pour François Hollande», a accusé, mercredi soir sur TF1, Sarkozy, surpris de n’avoir pas entendu «Hollande dire que cela le gênait». Ce matin sur France Inter, il complète en évoquant un colloque, à Lyon le 11 mars, sur «la justice sociale, la Palestine et l’islamophobie» au cours duquel Ramadan aurait «appelé publiquement les personnes présentes et leur entourage à voter pour François Hollande ou un parti politique qui sert l’islam». Pas de trace pour l’heure de ce discours, lui oppose-t-on. «En général le vote communautaire ne s’étale pas dans les colonnes de la presse mais dans les réseaux communautaires.»

«Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter Hollande»

Libération.fr a, par contre, retrouvé l’extrait vidéo d’un colloque sur «les musulmans de France et l’élection présidentielle» organisé à l’université Paris X-Nanterre, le 4 mars, à l’initiative de l’association Entraide 92. Invité, Ramadan – qui ne peut pas voter en France – est très clair sur son opposition à Sarkozy. Mais n’affiche pas de soutien à un autre candidat. «Aujourd’hui, moi je n’ai pas du tout de consigne de vote. Franchement je serais bien emprunté. [...]  Au deuxième tour, je n’aurais pas un vote utile. J’aurais un vote exactement différent. Je n’aurais qu’un vote sanction. Quel que soit celui qui est au pouvoir et ben je dirais: »je suis contre toi. Je ne suis pas pour toi. Je suis contre toi ».» Sans prôner l’abstention,  il poursuit son explication quelque peu alambiquée: «Je vais pas voter pour Hollande. Non, je vais voter contre Sarkozy. Mais si Hollande arrivait par la suite, je serais contre lui de la même façon.» Les deux sont renvoyés dos à dos: «Je ne me vois pas dire oui, mais par contre, je peux dire non à l’un.»

Dès hier soir, le dir-com de Hollande, Manuel Valls, a dénoncé les «mensonges éhontés» de Sarkozy trahissant, selon lui, «son affolement» et sa «course-poursuite» après les idées du FN et ce matin, Hollande récuse ce soutien. «Il n’a jamais cité mon nom, ce Tariq Ramadan, qui ne vote même pas en France, et je n’ai pas à me justifier quand un individu peut dire qu’il n’aime pas le pouvoir sortant», se défend-il sur France Info.

Sur son compte Twitter officiel, Ramadan dément:

 

Répondant à l’AFP à la mi-journée, il insiste: «Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas Français, je n’ai pas donné de consigne de vote. J’ai dit qu’il ne devait pas y avoir de consigne de vote musulman, que cela ne voulait rien dire. J’ai simplement appelé les citoyens français, de confesssion musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvaise.»

«Ces appels, fort maladroits, n’ont pas été suivis dans 700 mosquées»

Quant à l’appel des «700 mosquées» pour Hollande, qu’ont dégainé les députés UMP, Eric Ciotti et Franck Riester, pour dénoncer «le vote communautaire en marche», le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, s’en est étonné. A l’AFP, il assure n’avoir «aucune information concernant un appel à voter pour un candidat». D’autant que les représentants d’organisations musulmanes veillent à une certaine neutralité, comme le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a appelé lundi les institutions musulmanes à ne pas s’immiscer dans l’élection.

Pourtant sur France Inter, Nicolas Sarkozy a de nouveau mentionné cet appel traité «sur le site d’un journal de gauche Marianne». Marianne2.fr publie, ce matin, une mise au point, et raconte que l’une de leur journalistes a enquêté après avoir appris «qu’il se prépar(ait) des appels à se prononcer contre le candidat sortant, au nom de la luttre contre la stigmatisation des musulmans, dans la région parisienne et à Lyon». L’un des initiateurs du projet est Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller «Diversité» de Nicolas Sarkozy, qui avait quitté son poste et l’UMP lors du débat sur l’identité nationale. Celui-ci «se prévaut d’un réseau de 700 mosquées qui, disait-il, vont se mobiliser, dans la foulée de la démarche initiée dans la région parisienne et à Lyon.»

Le site ajoute qu’ «il y a bien eu plusieurs appels en faveur d’un vote contre Nicolas Sarkozy» mais «ces appels, fort maladroits, n’ont pas été suivis dans 700 mosquées, ce que nous n’avons jamais écrit, mais dans un certain nombre d’entre elles». Sur France Inter, le Président-candidat rétorque avec un certain culot: «Alors j’ai bien fait d’en parler, ça permet de préciser les choses.»

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