Fév 022012
 

Source: Par Pierre Prier Publié le 01/02/2012

INTERVIEW – Le président du Conseil national de transition se dit confiant, un peu moins d’un an après le début de la révolution libyenne.

Moustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition (CNT), le gouvernement provisoire libyen, se prépare à fêter le 17 février le premier anniversaire du début de la révolution libyenne, dans une atmosphère troublée qui a vu le saccage du siège du gouvernement à Benghazi et la démission du vice-président.

LE FIGARO. – Avez-vous été surpris par la révolution du 17 février?

Moustapha ABDELJALIL. – Non, je m’y attendais. La France nous a beaucoup aidés, bien sûr. Le peuple partage mon avis. Je remercie le peuple français, son Parlement et le président Sarkozy.

Êtes-vous confiant dans le déroulement du processus démocratique? L’élection d’une Assemblée constituante pourra-t-elle avoir lieu en juin, comme prévu?

J’ai confiance, malgré les obstacles posés par les anciens du régime et certains arrivistes. Les élections auront lieu à la date prévue.

Qui sont ces «arrivistes»?

La loi interdit à ceux qui ont travaillé avec Kadhafi de se présenter aux élections. À cause de cela, ils essaient au maximum de déstabiliser le pays, pour faire croire qu’il n’y a pas de sécurité, et que c’est la pagaille en Libye.

Qui est visé par cette loi? Vous-même, vous avez été ministre sous Kadhafi…

Tous ceux qui ont joué un rôle important sous l’ancien régime. Mais ils auront tout de même le droit de voter.

Combien de personnes environ sont-elles concernées?

Pas plus de deux mille personnes.

Ces gens qui veulent déstabiliser le pays ont-ils des groupes armés à leur disposition?

Ils ont surtout de l’argent.

Vous pensez à des personnes en particulier?

Oui, je pense à des personnes en particulier, qui, grâce à l’argent, ont obtenu quelques résultats. Ils peuvent acheter des hommes et de l’armement.

Le CNT peut-il dire aujourd’hui qu’il contrôle la totalité du territoire libyen, quand on voit des milices s’affronter régulièrement, y compris à Tripoli?

La révolution contrôle tout le territoire libyen. Une partie est contrôlée par les forces régulières, l’autre par les révolutionnaires.

Cette situation peut-elle perdurer?

Le gouvernement provisoire a lancé un plan pour intégrer tous les combattants dans l’armée ou la police. Le financement commence à se débloquer. Cela va nous donner la possibilité de mener à bien cette intégration.

Dans quel délai pensez-vous pouvoir absorber tous les groupes armés dans une armée nationale?

D’ici à deux mois, nous pensons avoir absorbé entre 60 et 70% des combattants révolutionnaires.

À Bani Walid, ancien bastion de Kadhafi, une milice a chassé les révolutionnaires et le Conseil local. On a évoqué la reprise de la ville par des forces pro-Kadhafi.

Il y a eu très peu de révolutionnaires à Bani Walid. La ville a été libérée surtout par des révolutionnaires venus d’autres régions. Quand ces combattants de l’extérieur ont quitté la ville, il y a eu des incidents entre le petit nombre de révolutionnaires de Bani Walid, qui ont voulu s’octroyer des privilèges, et certains habitants, qui voulaient l’égalité de tous.

Le CNT reconnaît-il Salem al-Ouaer, chef d’un groupe armé qui a chassé ces révolutionnaires, et le Conseil des anciens qu’il a mis en place?

Salem al-Ouaer est un simple citoyen. Il n’a aucun contact avec le CNT.

Ne craignez-vous pas alors une nouvelle bataille pour la reconquête de la ville?

Actuellement, personne n’est sûr de l’avenir, vu la situation là-bas. Mais l’armée nationale et la police sont sur place, et je crois que le calme va durer.

Quand l’argent du pétrole sera-t-il distribué? Les conseils locaux, Tripoli compris, se plaignent de ne pas recevoir un sou du gouvernement.

Aujourd’hui même se termine à Homs, en Libye, la conférence de tous les conseils locaux du pays. Ils sont en train de mettre en place des organigrammes administratifs et des statuts. Dès qu’ils seront prêts, l’argent sera injecté dans ces conseils. Ce sera fait avant le 17 février.

Avez-vous récupéré les quelque 100 milliards de dollars d’avoirs libyens à l’étranger?

Non, seulement 6 milliards ont été rapatriés. Les procédures continuent pour récupérer le reste.

Comment l’État peut-il vivre?

La reprise de la production de pétrole nous a rapporté 4 milliards de dollars en tout dans les 5 derniers mois, alors que les salaires des fonctionnaires s’élèvent à 22 milliards par an, et que les dépenses d’électricité et de fuel coûtent 14 milliards par an. Le budget, en préparation, devrait être en déficit de 10 milliards.

Les partis politiques seront-ils autorisés à se présenter aux élections de juin?

Non, il n’y aura pas de listes partisanes. Mais des partis politiques sont en train de se constituer. Ils pourront se présenter en tant que «forces politiques» ou «mouvements de la société civile» pour briguer les 80 sièges réservés aux listes. Ces listes devront comprendre 50% de femmes. Les 120 sièges réservés aux indépendants seront libres.

Les islamistes semblent les mieux placés pour remporter ces élections. Faut-il s’en inquiéter en Occident?

Les islamistes dérangent les Libyens avant de déranger l’Occident. C’est l’islam modéré qui va régner dans ce pays. 90% des Libyens veulent un islam modéré. Il y a 5% de libéraux et 5% d’extrémistes.

Seïf el-Islam Kadhafi doit-il être jugé en Libye ou par la Cour pénale internationale, qui le réclame?

Il doit être jugé en Libye.

Quel rôle jouerez-vous après les élections de juin?

Je ne briguerai pas un poste politique. Je souhaite jouer un rôle de conciliateur, de rassembleur.

Abdelhakim Belhadj, le chef du Conseil militaire de Tripoli, poursuit en justice l’ancien chef des renseignements extérieurs britanniques qu’il accuse de l’avoir kidnappé à Hongkong en 2004, puis de l’avoir livré à Kadhafi qui l’a fait torturer. Appuyez-vous sa démarche?

Nous sommes en démocratie, chacun est libre de faire ce qu’il veut, à titre individuel.

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