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Source : Par Le Matin DZ | 17/01/2012

Toute élection d’importance en territoire arabe est, désormais, de but en blanc inscrite dans une relation de dualité entre l’option du culte comme forme de gouvernance ou non.

Il n’y a pas à choisir entre un modèle particulier par rapport à un autre, il faut voter pour l’islam ou ne pas voter pour lui. Aujourd’hui, ça se passe ainsi depuis le golfe d’Aden au Yémen jusqu’à l’Atlantique à Rabat. Aucun groupe de participants, dans un pays donné, n’arrive face à l’électeur avec dans les bras un message clair traitant d’un projet de société susceptible d’essor et de liberté. Les formations se présentent comme partis islamiques ou comme entités d’ »autre chose » qui refuse l’Etat islamique mais qui ne renie pas l’islam en tant que pratique sociale imprégnée dans la famille, enseignée à l’école et relayée dans les grands circuits de communication.

En Algérie, la seule formation politique qui réfute catégoriquement la « spiritualité » en idéologie, le Parti des « travailleurs » de Louisa Hanoun, elle partage le même repas de midi au restaurant de l’hôtel Essafir avec les députés islamistes de Boudjerra Soltani qui font leurs ablutions à l’entrée de la salle de prière de l’hémicycle avec leurs collègues protégés de Abdelaziz Belkhadem et de Ahmed Ouyahia, du FLN version Hidjaz et du RND, acrobate de l’ »éradication »- réconciliation.

Divin et temporel

Les Arabes ne se font pas élire pour ce qu’ils ont de concret à proposer en vue de développement réel dans l’économie et le savoir mais dans leurs capacités à ménager entre le divin et le temporel. Est-ce qu’il faut encore accepter les brasseries au Maroc avec les vitres hermétiques et le voile au seuil de la porte ou carrément les boucler ? Doit-on dès l’été prochain, en Algérie, de nouveau sérier dans les plages entre baigneuses en bikini et batifoleuses en « qamini » ? Les présidents et les souverains cesseront-ils leur obligation nationale pour les prières officielles télévisées les jours de fête religieuse ?

Les processus électoraux n’obéissent pas à des critères mettant en valeur des arguments rationnels qui peuvent rassurer en mobilisant les forces sociales sur les problèmes à résoudre mais les campagnes agissent sur les seuls valeurs de discours symboliques puisant dans les références de la caducité : nul regroupement politique ne peut prétendre représenter une force socioéconomique ou culturelle particulière.

Louisa Hanoun se targue de ses ouvriers et cadres de l’industrie et de ses paysans agropastoraux, saisonniers ou petits propriétaires, qui voteraient certainement pour son parti mais pas avant d’aller prier un coup dans le moussala de l’unité ou dans le mesdjed de la coopérative agricole.

Aït Ahmed et Saïd Sadi lèveraient autant qu’ils peuvent dans les élections de mai prochain mais trente pour cent du patrimoine mosquée dans le territoire national résident dans les wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa, Boumerdès et Alger. Je me rappelle cette boutade de mon regretté ami Arezki Issiahkem qui disait un ballon de rouge entre les doigts : « Les bars et les mosquées jouent à cache-cache chez-nous ! En tout cas jamais l’un ne gagnera au détriment de l’autre. » Histoire de vouloir dire peut-être que l’islam en Algérie est une simple question de d’habitus culturel tout comme tout autre atavisme dû aux multiples colonisations de l’Algérie.

Grâce à Dieu qui a permis tout cela

Et c’est ici exactement que toutes les volontés sociopolitiques rencontrent leur contradiction, leur aporie pour emprunter au langage philosophique, en essayant de trouver des solutions non pas dans la recherche de voies vers des formulations économiques mais dans des positions ridicules qui rappellent les morales de la Renaissance en Europe où la Science et la chrétienté coexistaient dans la permanente latence de la tragédie. Toutes les avancées du savoir et de la connaissance n’avaient pas intérêt à contredire le dogme du culte. L’histoire de Galilée, le physicien et l’astronome, s’est transformée en légende, voire en mythe, parce que l’époque ne permettait encore pas qu’un savant soit connu par le commun populaire. L’église ne tolérait pas que le savoir décide hors de son giron. Aujourd’hui, la connaissance est dans le quotidien anodin, à l’école, dans les journaux et sur les réclames. Les prieurs éteignent leurs téléphones cellulaires avant de rentrer dans les mosquées, les étudiants à l’amphithéâtre aussi.

Mais pourquoi donc le plus souvent c’est l’éducation cultuelle qui prend la prépondérance sur les apprentissages scientifiques dans la vie courante ? Comment des « sait lire et écrire » qui ne vont pas au-delà d’une page foot vont-ils du pas identique vers les urnes avec des sortis de grandes facs pour voter Belkhadem, Soltani, Menasra ou Djaballah ?

Parce que l’on n’envahit pas la cité quand on condamne à une forte peine de prison des bouffeurs de ramadhan ou des jeunes flirteurs à la sauvette. Que l’on ne fait pas de sit-in devant les remparts de la Présidence, de l’Assemblée ou du Gouvernement quand, par exemple, des diplômés du Bâtiment et des Travaux publics depuis longtemps chômeurs, s’échangeant les chaussettes et le linge intime en famille, longent-ils les boulevards de banlieues pour perdre le dernier espoir d’estime de soi en admirant des ouvriers et des techniciens venus de la Mer Jaune en train de construire, allègres, des infrastructures pour l’armée ou pour le ministère de l’Energie.

Les Marocains et les Tunisiens rendent leur grâce au bon Dieu pour leur manne touristique et leur savoir-faire dans l’artisanat et l’agropastoral. Les Libyens et les Algériens font de même pour leur prodige hydrocarbure – vous comprenez que l’Europe, surtout la France, fera l’impossible pour fourvoyer nos efforts dans ces domaines économiques afin de maintenir l’équilibre du Maghreb tel qu’il est conçu qui arrange toutes les gouvernances confondues. Des Marrakech et des Djerba en Algérie et en Libye sonne le glas aux fenêtres de Rabat et de Carthage. Bref.

Un islam du statu quo triomphant de celui de alaiha nahya alaiha namout est la condition sine qua non pour perpétrer l’hégémonie du code napoléonien sur les Barbaries.

Nadir Bacha

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