jan 182012
 

Source : Les Sérères occupent le Centre ouest du Sénégal, du Saloum au Cayor en passant par le Sine et le Baol – tout comme les Diolas campent dans le Sud-ouest sénégalais, au sud de la Gambie.

1. C’est au nord et au nord-ouest de cette aire que l’on rencontre les Nones, les Lehars, les Ndoutes, les Safènes. Ils ne sont dans aucun autre royaume sérère.

Formaient-ils l’arrière garde lors de l’exode après le renversement des Nar Draades. Arrivés les derniers, se seraient-ils contentés des terres qu’ils occupent ?

2. Une autre particularité, c’est le refus du None d’obéir à tout chef étranger. Même dans son village, le chef n’a pas voix prépondérante. Le None est le seul groupe à pratiquer la monogamie en général.

3. Dans la région de Thiès, là où existe la polyandrie, la première femme commande ; elle gère le ménage. Il n’y a ni Linguère ni Die investies de pouvoir comme au Sine, au Saloum.

La femme Sine-Sine peut devenir chef de famille. Elle peut détenir la connaissance.

« Lorsqu’une femme stérile désirait avoir des enfants, tout comme un homme, elle demandait en mariage une jeune fille. Elle payait la dot, faisait les cadeaux et, lorsque la jeune fille était nubile, elle la faisait féconder chez elle par un homme de sa parenté. Les enfants issus de cette union passagère portaient le nom de la mère et étaient considérés comme ses enfants propres ».

5. Le None exigeait que l’on épousât une femme de sa race. Toujours d’après Dulphy, « tout jeune quittant le village trois mois durant était soumis, à son retour, à une expérience publique qui devait prouver sa pureté sexuelle. Cette épreuve consistait à lui offrir un breuvage composé par les griots. Innocent, le jeune homme vomissait ; coupable, il était condamné au célibat ».

« Quelquefois on variait. Une grande quantité de coton était brûlée. Avec la cendre, un griot se frottait les mains puis se lavait dans une calebasse. L’accusé devait retirer de l’eau une poignée de coton blanc ».

« Cette coutume obligeait le jeune homme à s’attacher à son village ».

6. Le Sérère sanctionne les mariages en lignée maternelle par une cérémonie de bannissement : le Degréo kèye :

« Chacun des 2 coupables tient, l’un après l’autre, dans une main, une feuille de rosier dont l’extrémité est tenue par le chef de famille. Ce dernier, après avoir prononcé l’exclusion du fautif, branche symboliquement le pédoncule de la feuille, signifiant ainsi la séparation du membre de sa famille. Dès lors, les exclus perdent tous droits sur le patrimoine familial et ils n’ont plus à compter sur l’assistance de leur ancienne famille ».

Ils fondent une nouvelle famille, conservent le nom de la lignée. Mais cette famille est désormais étrangère à la première. Leurs enfants peuvent se marier : Laha /laha.

Coutumes communes

Nous parlerons rapidement de l’unicité dans les funérailles, la pluie, le mariage, la famille.

a) Les funérailles chez les Sérères demeurent un fond de croyance égyptienne.

L’homme ne meurt pas définitivement. Il doit revivre dans l’au-delà. L’éternité s’acquiert par la vertu.

Le Sérère regagne l’autre monde avec ses biens. Ce départ doit être fêté. Aussi chante-t-on et danse-t-on et lui confie-t-on des commissions ­ pour d’autres morts.

Le mort a droit à un (mbanar) lomb ou pomboy), à une pyramide formée par le toit de la case recouvert de terre ou de coquillage (yel).

Chez le None, l’on creuse parfois un caveau (kouna) pour toute la famille. Le riche est déposé sur son lit dans une fosse aux parois tapissées de toile (Lome).

Chaque parent qui arrive a ses vivres. Il immole un bœuf. Il entretient sa suite et contribue à la réception des hôtes. Il ne ruine pas la famille endeuillée. La noblesse d’une telle pratique est à faire connaître.

Pour une personne très âgée, l’on chante, l’on danse…

Sinon, les camarades organisent une veillée funèbre ; ils préparent eux-mêmes la sauce du couscous.

Puis ils rappellent les hauts faits du disparu, ses chants de lutteur et de cultivateur.

Les canaris ne doivent jamais être vides, la nuit. Les morts reviennent parfois et veulent boire.

Avant, le griot était enfoui dans un creux de baobab. Le None lui a créé un cimetière spécial, par la suite.

Autre particularité none : un corps pouvait être introduit dans la stèpe évidée d’un rônier avant l’inhumation.

b) Les morts – la pluie

Les Sérères vénèrent les morts, cherchent à se les rendre agréables. A l’approche de la saison des pluies, les hommes de la connaissance, se rencontrent.

Comment sera l’hivernage. Quels sacrifices faire pour rendre la saison favorable ?

Au cours de la période, si la pluie manque l’on se rend auprès du mbanar d’un homme réputé de son vivant.

Ngoyat de Joal avant de mourir avait promis de donner de l’eau s’il était sollicité !

Les femmes se déguisent en hommes pour demander de la pluie.

Les hommes interviennent aussi contre les sauterelles les empêchent de dévorer les plantes, les chassent vers la mer.

Chez les Ndoute l’on peut empêcher les moustiques de piquer.

Il arrive que l’on accuse un homme, (ou une femme) d’arrêter la pluie. Alors s’engage une lutte entre les possesseurs du savoir.

En 1990, l’autorité administrative permit de faire déterrer au village de Lalane une jarre où un homme avait enfermé la pluie. L’homme fut condamné à payer une amende et la tournée.

Lanane est un village de Nones. Les hommes de la connaissance tinrent la réunion à Diassab

Avant la récolte, s’effectue une autre rencontre.

c) Mariage

Le Sérère se marie après sa circoncision qui peut avoir lieu parfois à 30 ans.

Les fiançailles sont prononcées ; le Sérère de la Petite-Côte offre alors un bracelet, le Tayer.

Il faut offrir une gourde de vin, une tabatière à l’oncle maternel, et au père ; les aider aux travaux champêtres, respecter la promesse.

Le rapt est permis.

Le mariage doit être faste.

A signaler que le jeune homme se procure lui-même la dot – Cependant le Sine-Sine marie et dote son neveu.

d) Naissance

S’il y a évènement heureux, le Ndoute cherche une branche d’arbre et une petite termitière. Il écrase celle­ci sur le seuil et accroche le rameau au-dessus de la porte. (La termitière a nom Cupin-Tioupine).

Le père du Bébé None attache une corde à une hache qu’il fait traîner tout autour de la case ; il laisse l’outil à l’intérieur de la chambre.

Ce signe annonce une naissance.

L’on ne fait pas grand tapage. Le nouveau venu sera-t-il vertueux ?

La famille

« La parenté paternelle est une simple parenté qui ne crée que des obligations secondaires ou morales ».

« Les enfants de ma sœur utérine sont de mon sang ; quant à mes fils… » dit-­on. Le Sérère de la région de Thiès considère la parenté maternelle comme la seule véritable.

L’oncle dispose de la liberté des neveux : il peut les placer en gage. Cependant, autre entorse, chez le None, l’autorité maternelle peut être contre balancée par celle du père. Dans les discussions de famille la voix de l’oncle n’est que consultative. Le père peut passer outre ». Dulphy – 1937.

Malgré cette restriction (particulière au Nome) la prédominance de la lignée maternelle subsiste et se manifeste :

- par l’interdiction de mariage entre parents maternels

- et le bannissement pour atteinte à la coutume.

« Il aime sa famille, le Sérère ; elle comprend, outre les parents et les enfants, la parenté ascendante, descendante et latérale.

Certains domestiques favoris font partie de la famille ».

Qui est chef de famille maternelle ?

a) Petite-Côte

L’oncle le plus âgé, et à défaut, le neveu le plus âgé. En l’absence de mâles, la femme la plus âgée.

b) Ndoute

« Chez le Ndoute, le chef de collectivité est l’homme dont les ascendants (défunts mais connus) sont les plus anciens. Ce n’est donc pas toujours l’ homme le plus âgé » (Fayet). A sa mort, le cadet ne prend pas forcément la place. Le neveu lui succède.

Parfois le successeur est trop jeune ; alors l’on désigne un régent

Ces deux restrictions (none et ndoute) sont à mettre avec les différences particulières.

Il s’y ajoute une autre, l’autorité presque tyrannique du chef de famille ndoute. « Aucun membre ne peut effectuer un achat sans le consulter. Samba désire-t-il acquérir un bœuf ? Il remet la somme à l’oncle qui achète la bête et la met dans son troupeau ».

L’oncle ne peut vendre un champ, un bœuf sans avoir obtenu la majorité des voix.

S’il meurt, sans parent maternel, son oncle devient gérant des biens. Et le fils du défunt peut s’occuper des biens comme simple usufruitier.

Obligations du chef de famille maternelle

Il gère les biens, subvient aux besoins de chaque membre, paye les amendes imposées aux membres, paye les frais de leurs funérailles.

Les neveux, les cousins maternels sont à sa charge, s’ils habitent avec lui. Ses frères et sœurs relèvent de son autorité et il s’occupe d’eux.

Le chef de famille a un droit de contrôle sur les actes de sa mère. Il lui doit le respect filial, la nourriture, l’habillement, le logement.

Il a les mêmes devoirs envers ses tantes maternelles.

Mais il est père de famille

Il doit le logis, les ustensiles de cuisine à sa femme. Il cultive un champ de coton pour sa femme. Il ne paie pas son impôt.

Il entretient ses enfants ; tue un taureau lors de leur mariage, s’ils vivent avec lui.

Il cesse de payer leur impôt dès qu’ils sont circoncis.

La mère, l’épouse, s’occupe de ménage, paie son impôt et celui de ses, filles qu’elle habille également. Ses biens personnels sont gérés par son chef de famille maternelle. Elle gère le grenier, peut y puiser pour en donner aux parents du mari.

Elle cultive le champ que son mari lui procure.

Les enfants doivent travailler pour leurs parents. Ils leur doivent assistance. Le matin ils cultivent le champ paternel, sauf jeudi et vendredi ; l’après­midi, ils s’occupent du leur. Et ils en donnent le produit à leur oncle maternel. Mais avec le consentement de l’oncle ils peuvent remettre le produit au père.

Patrimoine paternel

Ce sont les champs, les arbres, les armes, les outils, les bijoux, les vêtements du père.

Les fils en héritent, pas les neveux ­ en pays ndoute.

En Petite-Côte, si le fils aîné est majeur, c’est-à-dire circoncis, l’administration des biens paternels lui incombe, d’après Dulphy.

La famille est l’école où l’on apprend à obéir, à aider les autres, à partager avec eux, un moment à vivre pour la communauté. L’on y prépare l’individu à pratiquer la vertu : franchise, loyauté, travail, pratique de la justice, amour du prochain, protection de l’hôte :

C’est pourquoi le Sérère est conservateur comme Pascal écrivant : « la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un seul homme qui subsiste toujours et apprend continuellement à la seule réserve que la tradition exclusivement sociale, instable et précaire ne soit pas rompue ».

Mais la suite du Bour Sine qui autorisa la création d’écoles à Joal, Fadiout, Ngazobil, nous ajouterons l’ouverture préconisée par la Lamartine.

« Je respecte ce qui est respectable du passé.

J’aspire à ce qui est agréable de l’avenir ».

Il est à souhaiter que les journées culturelles aient pour corollaires le retour (et non la reconversion) aux mentalités avec le respect de la famille, et la rédaction de notre histoire.

Remplissons nos devoirs envers les membres de notre famille. Vivons Sénégalais au sein de notre famille large, solidaire. Alors nous consommerons sénégalais et jamais nous ne connaîtrons les hospices pour vieillards, les orphelinats et même les auberges hors des grands centres.

Mais il faut connaître ces devoirs. L’on a tenté de nous acculturer, de nous apprivoiser, selon l’expression de Georges Hardy. Le Ministère de la Famille est interpellé. Las des semaines de la Femme et de la Jeunesse et de la famille il serait bon d’insister sur les droits et surtout les devoirs des différents membres. L’on apprendra aux jeunes à écouter la voix du sang ; cette voix ordonne d’avoir honte de dire des mensonges, de flatter, de tendre la main ; elle ordonne de travailler comme les autres. L’on ne choisit pas le lieu de sa naissance, l’on peut décider d’être digne, de vivre en « Gor ».

Dans les écoles, l’enseignant au cours des leçons d’éducation morale et civique fera connaître nos institutions, nos coutumes.

Que l’enfant puisse déclarer : « j’ai honte de faire cela » ! Cela sera sa règle de conduite.

Rédigeons notre histoire, province par province. Elle sera anecdotique ; elle s’appuiera sur des documents d’archives et de familles. Elle sera véridique – débarassée des petites histoires flatteuses racontées dans un but intéressé.

Le pays colonisé a versé beaucoup de sueur, de larmes et de sang. Nous avons eu des misères comme des grandeurs !

a) L’apostrophe de Lat Garang Yandé Mbarou à Birima Fatma, lors du XAS :

- « Je me ferais faucher plutôt que d’assister à la défaite du Sine »,

b) La réponse du frère du neveu de Diogomay Tine à Pinet Laprade :

- « Si tu veux voir mon oncle, viens le trouver dans sa case ». Il ne sortira pas ! c) L’exactitude de Baur Sine Koumba Ndofene Famak au rendez-vous fixé par Faidherbe à Fatick même ne donnent-elles pas le frisson historique à la jeunesse ? Cette jeunesse a besoin de beaux exemples à imiter.

L’amour de la patrie doit naître sur des assises sentimentales.

L’on traite certains groupes ethniques de rangés, hâbleurs, sceptiques, voleurs, individualistes, rusés. La couronne revient aux Sérères qualifiés d’honnêtes et dignes personnes.

Que les Sérères demeurent tels, malgré les agressions extérieures, afin que leurs fils puissent leur dire, comme à Sparte :

« Nous sommes ce que vous fûtes Nous serons ce que vous êtes ».

DIVERSITE ET UNICITE SERERES : L’EXEMPLE DE LA REGION DE THIES
Ousmane Sémou NDIAYE
Ethiopiques n°54
revue semestrielle
de culture négro-africaine
Nouvelle série volume 7
2e semestre 1991
Source : www.refer.sn

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