déc 052011
 

Source: Tayeb Belmadi

L’arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte donne des ailes aux islamistes algériens. Le chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Bouguera Soltani, estime que « la société algérienne veut être gouvernée par les islamistes ».

Il appelle les formations politiques et personnalités de cette mouvance à conclure une alliance en prévision des législatives prévues en Algérie en mai 2012. Le meilleur allié des islamistes aura été le président Bouteflika.

Lors d’un rassemblement préélectoral dans la wilaya de Bordj Bouararidj, à l’est d’Alger, Soltani a déclaré :

« Nous ne sommes pas encore au stade de l’alliance, mais le débat est ouvert avec les islamistes algériens, car nous sommes en devoir, nous islamistes algériens, d’être à la hauteur de attentes de notre société qui veut être gouvernée par les islamistes ».

Soltani s’y voit déjà

Bouguera Soltani, 57 ans, ancien instituteur d’arabe, considère que la percée historique des islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte aura « un effet inducteur positif » sur la mouvance islamiste en Algérie.

Ancien ministre de la Pêche, Bouguera Soltani dirige le MSP depuis 2003. Son parti qui forme l’alliance présidentielle avec le FLN et le RND dispose actuellement de 52 sièges à l’assemblée nationale.

Soltani qui demeure sous le coup de poursuites judiciaires en Suisse pour tortures présumées sur un journaliste algérien, a reçu en novembre dernier le président d »Ennahda, Rached Ghanouchi, en visite de trois jours à Alger.

Ghanouchi et le modèle islamiste

Celui-ci expliquait alors son désir d’exporter l’islamisme version Ennahda qu’il définit ainsi :

« C’est un modèle serein qui se démarque de la pratique du terrorisme et du racisme. Notre modèle favorise également l’art et la création et se démarque complètement des appréhensions soulevées ici et là par des démocrates au sujet de l’islamisme politique ».

Ex-candidat à la présidentielle d’avril 2009, Mohamed Said, responsable d’une autre formation islamiste (non encore agréée), le Parti pour la Justice et la liberté (PJL), partage l’optimisme de Soltani quant à l’impact positif que pourraient avoir sur la mouvance islamiste algérienne, les victoires d’islamistes en Tunisie et au Maroc.

Les sociétés arabo-islamiques sont aujourd’hui prêtes

Samedi, il déclarait devant les militants de son parti :

« Je pense que les pays arabes ont essayé toutes les théories politiques, à commencer par le communisme au Soudan, le marxisme au Yemen du Sud, le Baas un peu partout, l’économie libérale ; maintenant il ya les mouvements islamistes qu’on voit arriver sur la scène. Je pense que les sociétés arabo-islamiques sont aujourd’hui prêtes à laisser ces mouvements tenter leurs chances ».

Mohamed Said y croit d’autant plus que « les islamistes modérés ont, selon lui, tiré les leçons par rapport à l’échec des tendances salafistes radicales, partisanes des Etats théocratiques » et qu » « aujourd’hui ils sont prêts à partager le pouvoir avec les partis laïques ».

« Nous n’avons pas de souci à nous faire, c’est à nos frères tunisiens et marocains de se référer à notre expérience, de profiter de notre expertise. Chez nous, les islamistes sont présents depuis 1997 dans les assemblées élues et dans le gouvernement ».

Les islamistes en Algérie, combien de divisions ?

Il est difficile de juger du poids électoral de la mouvance islamiste dans la mesure où tous les scrutins électoraux organisés depuis 1997 ont été faussés par des fraudes massives.

En revanche, ce courant a largement progressé dans la société algérienne et acquis une solide expérience aux seins des institutions.

C’est au milieu des années 1990 que les autorités algériennes ont décidé d’intégrer les islamistes dans le jeu politique pour tenter de les amadouer.

C’est d’autant plus vrai que le pays avait connu deux expériences traumatisantes avec la victoire du FIS (Front islamique du Salut) aux élections locales de juin 1990 et aux législatives de décembre 1991.

Expériences électorales traumatisantes

L’annulation de ce scrutin, décidé par l’armée, avait précipité la démission du président Chadli Bendjedid en janvier 1992, suivie d’une insurrection armée qui a fait plus de 100 000 morts.

Depuis le milieu des années 1990, plusieurs ministres islamistes ont dirigé et dirigent d’importants portefeuilles ministériels. Les ministères des Travaux publics et du Commerce, notamment, sont aujourd’hui pilotés par des ministres du MSP alors que le patron de ce parti a été élevé au rang de ministre d’Etat avant de perdre son statut.

Depuis les législatives d’octobre 1997, les islamistes du MSP ou d’Ennahda disposent de plus d’une cinquantaine de députés à l’assemblée.

Si le chiffre peut paraitre négligeable vu le nombre de sièges à l’APN (389), il ne permet pas moins à ces députés de faire entendre leur voix et parfois faire adopter des lois jugées très conservatrices à l’exemple de celle qui interdisait en 2004 l’importation de l’alcool.

Toutefois, le meilleur VRP des islamistes reste… le président Bouteflika.

Bouteflika glorifie la révolution islamique en Iran

C’est que le président algérien, aujourd’hui âgé de 74 ans, a multiplié les concessions au profit du courant islamo-conservateur.

Avec le consentement de la hiérarchie militaire qui l’avait imposé en avril 1999, reconduit en 2004 et qui lui a permit de se représenter en 2009 pour un troisième mandat au prix d’une révision de la Constitution.

Réconciliation nationale et amnistie en faveur des terroristes islamistes, libération des activistes condamnés pour terrorisme, construction à Alger de la troisième plus grande mosquée du monde, persécution des chrétiens, violences et actes d’intolérance à l’égard des femmes, Tlemcen capitale de la culture islamique, chasse aux couples, fermetures des bars et débits de boissons…Bouteflika a ainsi grandement contribué à faire le lit des islamistes.

Les concessions de Bouteflika

En mai 2005, il a fait un autre cadeau royal aux islamistes en recevant en audience, au siège de la présidence, l’imam égyptien Al Kardaoui lequel n’a pas manqué d’apporter sa caution à la politique de réconciliation du président.

Et le chef de l’Etat est allé même jusqu’à glorifier la révolution islamique en Iran lors de sa visite en Iran en août 2008.

En se recueillant sur la tombe de l’imam Khomeiny, Bouteflika écrivait ceci :

« Tous les actes et paroles de Khomeyni restent une lumière qui guide les hommes épris de justice et qui œuvrent à la répandre entre l’humanité au moment où notre nation musulmane a tant besoin de s’inspirer de ses idéaux qui ont servi et continuent de servir l’Islam ».

Mais le meilleur gage qu’il aura donné à ce courant fut la nomination, entre 2006 et 2008, d’un crypto-islamiste, Abdelaziz Belkhadem, patron du FLN, à la tête du gouvernement.

En mai 2008, après deux années à la tête de l’exécutif, Belkhadem pouvait ainsi décréter

« le Coran seule Constitution de la société algérienne ».

Les islamistes n’auraient pas rêvé de meilleurs colporteurs que Belkhadem et Bouteflika.

 Leave a Reply

(requis)

(requis)

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>