nov 092011
 

Source: Propos recueillis par Sébastien Jost | Le Matin

Dans une chronique publiée dans «Le Matin Dimanche», le célèbre avocat genevois revient sur l’attentat contre «Charlie Hebdo» et affirme que l’islamophobie est un devoir.

Marc Bonnant, vous lancez un appel à la croisade?

En aucune manière. J’exprime simplement un propos évident et d’une grande banalité.

Dire que l’islamophobie est un devoir, vous appelez cela un propos banal?

Peut-être faut-il apporter quelques précisions à l’adresse de ceux qui fréquentent peu les dictionnaires. Issue d’une racine grecque, phobie signifie peur. L’islamophobie est donc la crainte de l’islam. Il ne s’agit en aucun cas de rejet, de mépris ou de haine. Dans le cas présent, l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, il est légitime de craindre l’islam.

Ne faites-vous pas tout bonnement de la provocation dans un contexte qui est déjà assez tendu?

Attaquer le christianisme, c’est exercer son esprit critique; en faire de même avec l’islam, c’est de la provocation. Toute critique de l’islam est devenue impossible. Nous avons intériorisé ce tabou. Mais moi, je ne me résigne pas à penser l’islam de la manière dont il nous l’impose.

Vous n’avez pas peur que vos propos soient récupérés par l’extrême droite?

Si des gens pensent que Marc Bonnant souhaite organiser des ratonnades, je ne peux que leur affirmer que rien n’est plus éloigné de moi que cela.

Vous en aviez marre de vous en prendre aux féministes, alors vous attaquez les musulmans?

J’ai adressé quelques mots critiques à l’encontre des féministes car j’aime les femmes. Une féministe est une femme suicidaire qui est parvenue à ses fins. Elle a tué en elle tout ce qui faisait son unicité. En ce qui concerne l’islam, nous nous trouvons face à ce que d’aucuns appellent une guerre des civilisations. Et à cet islam triomphant, cette religion virile, à cette ferveur, qu’opposons-nous? Des raffinements juridiques, de la mollesse, de la tolérance, un sympathique pacifisme.

N’oubliez-vous pas un peu vite que la majorité des musulmans sont modérés?

Il n’y a pas de foi tiède. Comment quelqu’un qui croit en un Dieu absolu, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, pourrait-il être modéré? Mais il y a un islam éclairé, celui des Lumières. Je suis conscient de la dette que nous avons à l’égard de l’Islam. Au Moyen Age, les Arabes ont traduit tous les textes grecs qui sont le fondement de la civilisation occidentale. C’est grâce à eux qu’aujourd’hui, nous pouvons lire Aristote.

A vous entendre, vous ne devez pas aller souvent à l’église?

Je suis athée. Dieu est une imposture qui peut s’avérer féconde lorsqu’elle grandit l’homme. Nous devons Giotto, Mozart, Haydn et la chapelle Sixtine au christianisme.

Hommage à «Charlie Hebdo»

Pauvre Carthage. Encore et toujours détruite. Hier Ali, aujourd’hui Allah. D’une dictature l’autre. A l’oppression de quelques-uns succède celle de tous. L’égalité y gagne, non la liberté.

Quelques idéalistes, ceux qui n’ont pas le sens tragique de l’Histoire et qui croient modifier la réalité en la niant, s’étaient réjouis des révolutions arabes. Ils saluaient la promesse de l’aube et l’émergence du printemps. Mais déjà les événements leur donnent tort: les islamistes ont pris le pouvoir en Tunisie, la charia est désormais la loi libyenne, les Frères musulmans attendent embusqués en Egypte.

L’aube est une nuit, le printemps une ère glaciaire.

Une hypothèse pourrait être retenue: tous les peuples ne sont pas faits pour la liberté. Même si par psittacisme ils la réclament, ils aspirent en réalité à s’aliéner. Ils épuisent leur liberté dans le choix d’une servitude volontaire. L’idée de Dieu – cette imposture féconde – est l’une de ces servitudes.

Pour avoir commenté l’avènement des islamistes, Charlie Hebdo , devenu le temps d’un numéro Charia Hebdo , a été plastiqué.

Les dieux ne rient pas. Celui des mahométans moins que les autres.

La critique du christianisme est critique; celle de l’islam, provocation. Pour l’islam, il n’y a que les croyants et les infidèles. Infidèles, nous le sommes, certes. Tolérer l’islam, ce n’est pas l’accueillir. Il est même légitime d’être islamophobe. La détestation est salutaire. Elle divise, mais elle soude aussi autour d’une identité revendiquée.

L’autre n’est pas moi, et Je ne suis pas un autre.

Tout homme ou toute terre qui a été romanisé, christianisé et qui a été soumis à l’exigence de l’esprit grec est européen. Lui et elle seuls. Nos mères patries sont Athènes, Rome, Jérusalem; non Kaboul ou Djeddah. Non Médine ou La Mecque.

Pourquoi l’oublier? Pauvres orphelins de notre culture. Héritiers ingrats qui avons eu l’illusion de devenir libres en répudiant notre héritage.

Le blasphème ne peut être que le fait du croyant. L’athée, l’agnostique, le sectateur d’un autre credo ne blasphème pas, il exerce son esprit critique et analytique. La foi de l’autre n’est qu’une opinion, une représentation du monde qu’il peut juger et récuser librement.

Là sont la liberté d’opinion et son corrélat, la liberté d’expression, auxquelles nous tenons essentiellement.

A nos réserves, à nos critiques, l’islam répond par la fatwa, les lynchages, le déferlement de foules hurlantes, les attentats, le fer et le feu. A notre liberté répond sa contrainte; à notre droit, sa force.

L’islam est viril, non seulement par le sort détestable qu’il réserve aux femmes, mais parce qu’il est conquérant, dominateur, arrogant, expansionniste et prosélyte. Autant de raisons d’armer notre résistance. D’abord de savoir désigner avec clarté l’ennemi. L’œcuménisme et la tolérance ne sont que dilution et ruine de l’âme. Puis raffermir nos caractères. A la foi des islamistes, nous n’opposons que notre scepticisme; à leur ferveur, notre sens de la mesure. Nous n’aimons plus que l’eau tiède. L’Occident est un tepidarium.

Les locaux calcinés de Charlie Hebdo sont la parfaite métaphore de l’avenir de nos libertés si nous laissons à l’Autre le soin de les borner et si nous intériorisons ses interdits pour en faire nos tabous.

Nous savons ce qui nous guette. Savoir inutile…

L’islamophobie est un droit…

Non, ici, un devoir.

Marc Bonnant, Avocat, «Le Matin Dimanche»

Remarque de Sami Aldeeb: Je partage entièrement la position de Maître Marc Bonnant. Voir à cet égard mon article: Sami Aldeeb est islamophobe et fier de l’être. Je signale cependant un malentendu dans son interview lorsqu’il dit:  « Je suis conscient de la dette que nous avons à l’égard de l’Islam. Au Moyen Age, les Arabes ont traduit tous les textes grecs qui sont le fondement de la civilisation occidentale. C’est grâce à eux qu’aujourd’hui, nous pouvons lire Aristote ». Maître Marc Bonnant confond Islam et Arabité. Ce sont des chrétiens arabes qui ont traduit les textes grecs. Averroès, le grand philosophe musulman commentateur d’Aristote, ne connaissait pas le grec, et a travaillé sur la base de ces traductions de chrétiens arabes. Et lui-même il a été persécuté par ses coreligionnaires. Voir à cet égard l’article: Islam et Occident : vérités et légendes.

  9 Responses to “Marc Bonnant: « Toute critique de l’islam est devenue impossible »”

  1. Je retiens de Me Bonnant son verve et expression lapidaire.
    Il peut être encore plus efficace s’il connaissait un peu mieux l’Islam.
    Merci Sami de ta précision.
    L’année dernière, à la plus prestigieuse des universités musulmanes, Al Azhar, en Egypte, une thèse de doctorat a été défendue. Son thème est le suivant : « l’apport du monde arabe à la civilisation est une invention occidentale en vue de gagner la sympathie des laïcs musulmans. L’Islam n’a rien à voir ni de loin ni de près avec la civilisation. Son but est de faire connaître et respecter la volonté d’Allah ».
    Malheureusement, je n’ai pas d’accès pour la moment à la référence qui renvoie à l’article en question, d’ailleurs écrit en arabe.

  2. En échos à ces propos, ceux de Jacques LACAN, le célèbre psychanalyste, qu’il a lancés aux étudiants révolutionnaires dans un amphitéatre de la Sorbonne en mai 1968 : « Vous, en tant que révolutionnaires, ce à quoi vous aspirer, c’est à un maître ».
    Il est par ailleurs grand temps de remarquer que les mots (liberté, démocratie etc.) n’ont pas le même sens en Occident et en Islam.
    Enfin, comment peut-on parler sérieusement de démocratie en terre d' »Islam, alors que la civilisation d’Islam est fondée sur le dogme que c’est Dieux qui fait la loi (c’est une théocratie), alors qu’en Occident, ce sont les hommes qui font la loi (démocratie).
    Les mots, toujours les mots et leur sens.

    • Du sens des mots, et du poids de ce sens sur les esprits, George Orwell nous a bien informés et ce que vous avancez me fait penser à l’oeuvre de Simone Weil sur les rouages de la dictature.

  3. Il a quelques vrais remarques dans cet exploit pamphlétaire. D’ailleurs pour ce qui est l’islam tout le monde le connait déjà et les musulmans en sont les premières victimes. Mais pour moi la plus grande évidence est que ce type de Bonnant est un bon..con. Tout ce qu’il a dire c’est du narcissisme intellectuel. Il crache sur tout, mais il se regarde au miroir pour s’ajuster la cravate…. Tout peut être imposture: même Giotto, la Sistine, Michel-Ange ou Mozart, non? Pour des communistes crevés, ils auront le tort de n’avoir pas participé ou contribué à un révolution populaire…. Mais dire de cela de l’idée de Dieu, comme il fait ce con de sa bouche blasphème, c’est cracher sur l’humanité toute entière, sur ces génies aussi (de Montaigne, à Pascal, à Einstein)… Rien est plus IMPOSTURE aujourd’hui que l’athéisme. Dans le sens littéral d’ « imposte » mentale, une sorte de taxe qu’il faudrait payer pour être sociable et « intelligent », faites moi rire. C’est vidanger l’Homme de son âme, de ces questions essentielles, pour le rendre un « consommateur ». Pour ne plus avoir le « sentiment de l’Infini » comme disait le grand philosophe et théologien allemand Schleiermacher, il se reduit au « tout fini ». Il est adapté ainsi maintenant pour faire tourner la machine du « nouveau ordre mondiale », le New World Order made in USA, et ce NWO-minds, qui se passent pour des journalistes à la mode, sont loués pour la prostitution médiatique aux services de super-puissances, dont la décadente Amérique avec sa paranoïa globalisante. Qu’il aille à vendre ces tapis ailleurs, ce pseudo-intéllo Bonnant!

  4. vive la liberté
    Dans mes cours, la première heure est consacrée à la conception musulmane de la loi comparée à la conception occidentale de la loi. Après la comparaison, je signale à mes étudiants qu’il est impossible que les pays musulmans deviennent démocratiques… à moins d’un changement total de la conception musulmane de la loi. Ce changement implique l’abandon de l’idée que le Coran est parole de Dieu. Mais peut-on alors parler de « musulman »? C’est la question!

  5. D’accord avec M. Bonnant… sauf sur les femmes.

    La transmission par les musulmans du savoir antique est un mythe savamment entretenu. De ces textes, ils n’en n’ont rien fait, car pour les musulmans soit un livre plagie le coran et il est inutile, soit il le contredit et il doit être détruit. Alors penser à les traduire… des livres écrits par des polythéistes…

  6. [...] Remarque de Sami Aldeeb: Avant de poursuivre la lecture de cet article, je signale que son auteur joue allègrement avec le terme “islamophobie” dont il semble ignorer le sens, créant ainsi une confusion entre islamophobie et racisme. Voir ces deux articles:   Sami Aldeeb est islamophobe et fier de l’être    et    Marc Bonnant: “Toute critique de l’islam est devenue impossible” [...]

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