août 242011
 

Source: Comment les Occidentaux comptent-ils accompagner la transition en Libye ? Entretien avec Saïd Haddad, maître de conférence aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Il est responsable de la rubrique Libye dans la revue « L’Année du Maghreb » éditée par l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam).

Si le régime Kadhafi est renversé, comment les Occidentaux comptent-ils accompagner la transition en Libye ?

Une des premières mesures symboliques serait de restituer à la nouvelle autorité libyenne les avoirs du régime précédent. Autrement dit, de restituer les avoirs de l’agence libyenne d’investissement et du régime Kadhafi en général, gelés par la résolution 1970, même s’il faudra sans doute déduire de cette somme celle dépensée pour mater ou tenter de mater la rébellion.

Reprendre les exportations pétrolières, notamment vers l’Europe, et remettre en état les infrastructures pétrolières aiderait également le pays, qui tire l’essentiel de ses revenus de l’exploitation du pétrole et de son exportation.

Cette situation ne risque-t-elle pas d’alimenter les critiques du clan Kadhafi, qui accuse les rebelles de céder l’une des plus importantes richesses du pays aux Occidentaux ?

Cet argument-là n’est pas nouveau, le colonel Kadhafi l’agitait déjà dès le début de l’insurrection. Après l’adoption de la résolution 1973 et le début des bombardements, il n’a cessé de soutenir que les rebelles voulaient s’accaparer le pétrole, qui finirait par tomber aux mains des Occidentaux. Personnellement, je ne vois pas ce qui, en l’état, pourrait justifier cette crainte, d’autant plus que la Libye est déjà engagée depuis quelques années dans des partenariats avec les occidentaux, la Chine et la Russie. Si la réflexion avec les représentants du CNT se poursuit, les pays-phares de la coalition internationale seront inévitablement privilégiés dans l’obtention de contrats.

De quelle marge de manœuvre diplomatique dispose la coalition internationale ?

Politiquement, il semblerait que cette révolution s’est faite au nom de principes universels que sont la démocratie et la fin du pouvoir d’un homme. Les régimes occidentaux doivent accompagner la transition, pas la superviser. C’est le plus grand service qu’ils peuvent rendre à la Libye. Il s’agirait de veiller, notamment sous l’égide de l’ONU, à ce que le renversement du régime Kadhafi ne s’accompagne pas d’exactions, voire de règlements de comptes sanglants et sommaires. Apparemment, les responsables du CNT ont appelé leurs partisans à la retenue.

Mais la mission dépasse celle de l’Occident. Il existe toute une ingénierie politique à construire en Libye puisque le système établi depuis quarante-deux ans est un système para-étatique. Aujourd’hui, tout reste à construire sur le plan des institutions comme des structures. Il faudrait voir apparaître une véritable agora politique et non une agora telle que l’ont fantasmée certains émissaires du régime en train de s’effondrer.

Comment la garantir ?

Ce sont les Libyens qui pourront la garantir, avec l’aide, s’ils le souhaitent, des organisations internationales. Il ne faut pas désespérer de l’ingéniosité des peuples et de leurs ressources, des exemples existent dans d’autres pays. Des inconnues demeurent, certes, mais on peut penser que la Libye dispose de suffisamment de ressources pour voir émerger un système plus conforme ou plus respectueux des droits de l’homme. Il ne s’agit pas seulement de vœux pieux. Mais la mise en place de structures politiques devra aussi s’appuyer sur la réalité du pays, sans négliger les réalités tribales.

Ce que nous apprennent les révolutions arabes, c’est que les aspirations aux droits de l’homme, les désirs de démocratie, de liberté, n’appartiennent ni au Nord, ni au Sud, ni même à l’Est ou à l’Ouest. Ce sont des droits universels et l’erreur serait de faire apparaître ces valeurs comme des marqueurs culturels spécifiques appartenant à une seule partie de la planète.

Quel écueil les puissances occidentales doivent-elles éviter pour éviter un scénario à l’irakienne ?

La situation libyenne est très différente de celle en l’Irak. Bien qu’il existe une intervention extérieure en Libye, l’insurrection est née d’un mouvement interne, qui a traversé une bonne partie du monde arabe. L’important est de laisser les Libyens décider d’eux-mêmes et ne pas leur imposer des représentants parachutés de l’extérieur. C’est un cocktail assez délicat à mettre en place.

Les nouveaux dirigeants libyens devront gérer des dossiers urgents, affaiblis par un secteur public hypertrophié, une main-d’œuvre surabondante et un taux de chômage estimé à près de 30 %. Mais il ne faut pas oublier que la Libye dispose de très grandes réserves. Le plus difficile sera de démêler les liens très complexes des participations et des placements effectués par les instituions libyennes. Lesquelles relèvent de la cassette personnelle des Kadhafi, lesquelles reviennent à l’État libyen ?

Propos recueillis par Anne-Laure Jean

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